LETTRE-PRÉFACE
tableau du personnel pour l'année élyséenne iSS6- 18S7, le concierge -chef vous a enlevé Louis Bouilhet et Ta placé dans la division C, où il s'ennuie avec des prosateurs sans importance tels que Capefigue et Louis Lurine. Priez donc Gautier de faire une démarche au secrétariat-général; j'aime à croire que l'auteur de c^ft-lanis vous sera rendu sans dilîicuhé.
Je continue à être sans nouvelles de Philothée O Neddy; Silvestre n'en a pas non plus. Dites à ce paresseux que nous allons lui envoyer des kilogrammes de bristol.
Je viens de mettre à la poste, à votre adresse fpjpitr d affaires^ recommande) mon second volume de vers : Les Toèmes à tous crins. Il n'a qu'un mérite à mes yeux : celui de constituer un à-compte sur les sommes incalculables que je dois à ma conscience d'artiste. Peut-être, en travaillant encore avec acharnement pendant une trentaine d'années, pourrai-je arriver à diminuer sensiblement cette impitoyable créance. Mais je suis bien sijr, hélas ! que je ne pourrai jamais l'éteindre complètement.
11 y a là des sonnets, des ballades, des poèmes d'allures et de tons différents. Tout cela, fort heu-
reusement, a été écrit avec sincérité, sans aucun souci des tendances, des goûts actuels du public. C'est rœuvre d'un homme qui pourrait hurler avec les loups, mais qui préfère écouter tranquillement le chant des rossignols et du coucou au fond des bois.
Nous sommes encore quelques-uns de ce calibre, à Paris. — Un tour de boulevard, après avoir fumé les feuilles de platane réglementaires, quelque femme brune, de loin en loin Tachât d'une édition princeps, un travail opiniâtre, la lecture consciencieuse des Maîtres^ : tels sont les éléments dont se compose notre bonheur. Aussi ai-je peu de chose à vous apprendre. On a percé l'avenue de l'Opéra; mais le café Procope n'existe plus. Le café Procope! Ne le dites pas à Diderot; il en ferait une maladie.
Enfin, la nation a donné aux peintres des bourses de voyage.
Les peintres de notre temps sont les gens les plus heureux du monde. Ils se coiffent à la capoul, on les fourre partout, et ils gagnent beaucoup d'argent. Au demeurant, des tireurs surfaits et de médiocres guitaristes. L'or abonde tellement chez eux qu'ils se croient obligés d'avoir des prénoms aurifères. L'un d'eux s'appelle Carolus. Il n'y a rien