RI NU <. TRUANDES
?ortait un gilet rose en conduisant sa file, st se nommait Théo bien plus que Théophile a Mort nous l'a ravi.
Les Francs adoraient l'art, Se ruinant pour un vieux tome de Ronsard Tout le temps qu'ont dure les luttes romantiques. Lassailly déclamait dans toutes les boutiques. Et Gérard de Nerval lançait du feu prégcoisi De toute la hauteur du mépris des bourgeois, Les peintres, les sculpteurs, les acteurs, les poètes, Se trouvèrent grandis ; comme des gypaètes. Les rimes s'envolaient au firmament bénil Mais Banville l'a dit : Maintenant, c'est fini. Tout Gaulois sérieux ingurgite sa pinte D'Aï mousseux, avec une femelle peinte : En l'an trente, chacun plein de flamme écrivait VAne mort ou Trialph : et quand il arrivait Au cabaret, Petrus demandait du Massique, Qu'il voulait boire dans le crâne d'un classique! Comme il ne put jamais parvenir à son but, Le poète, en jurant très fort par Belzébuth,
l68 LES POÈMES A TOUS CRINS
Mangeait cyniquement une bourgeoise soupe,
Et sablait le Màcon dans une simple coupe.
Théophile Gautier, robuste ciseleur
Et des mots striés d'or fanatique oiseleur,
iMit ses amours en vers : ce fut son premier livre.
Car la prose nourrit ceux que les vers font vivre!
Le pourpoint rose, — effroi du noir tabellion, —
Que Gautier arbora dans la rébellion,
Remplit de flamboiements son Œuvre tout entière.
Quel homme! quels romans! quels vers! quelle crinière!
D'ailleurs, toute sa vie il porta ce pourpoint;
Et, comme sur son corps on ne le voyait point,
Le maître l'avait mis dans le fond de son âme.
Pour Gautier, ce pourpoint valait une oriflamme :
Cela signifiait TArt, Hugo, la Beauté,
Le Rythme, l'Orient, l'Amour, l'Antiquité.
Pendant qu'il versait dans le journal des amphores
De prose, il nous forgeait encor des métaphores;
Jusqu'à son dernier jour, ce fut un truculent/
La Mort n'a pas voulu le prendre d'un pas lent.
Mais le grand Romantisme est cloué dans sa bière.
RIMES TRUANDES
Le doux olympien habite un cimetière, Couché tout de son long, chêne entre les roseauxl Sur sa tombe parfois j'aperçois des oiseaux, Bctiêmes de Montmartre, arrivés d'un coup d'aile Pour relire le vers où Gautier les appelle; Quand ils s'envolent, tous s'élancent en chantant, Afin que le poète endormi soit content.
Oh! que tu m'as ému, maître au pourpoint de flamme Oh! que de fois ton oeuvre a captivé mon âme! Le culte de ton art m'a fait un cœur d'acier. Toi vivant, j'eusse été ton fidèle massier, Et j'aurais proclamé dans Paris ta doctrine. En portant tes couleurs par devant ma poitrine, L'épée au poing, ma vie au bout de tes sonnets, Comme ont fait pour le roi, jadis, les lansquenets!
O grand Gautierl forgés comme une vieille armure. Tes écrits ont gardé leur magnifique allure.
lyO LES POÈMES A TOUS CRINS
Quoique un normalien, bourgeoisement brutal, T'ait refusé l'honneur divin du piédestal*, En condamnant ta gloire à garder l'antichambre Chez Falguière ou Dubois, 6 poète de l'ambre! Gratteur de cuivre exquis, rimeur tonitruant! Nous, les nouveaux venus, au travail nous ruant, Nous t'offrirons du bronze, et nous paierons la dette De tous ceux qui lisaient ton Musée en cachette!
Février 1880.
* Théophile Gautier n'a pas encore de statue. Il est vrai que le plus chétif chimiste a la sienne !
RIMES TRL' ANDES ' I71
24 FT{p4C^Ç0IS VILLOV^
REPOSE en paix, Villon, dans ton linceul de gloire; Allonge bien tes pieds au fond de ton cercueil! De tes tours d'écolier nous perdons la mémoire, Ce ne sont que les jeux d'un folâtre écureuil.
Quoique truande à fond, ton àme n'était noire. Si tu vis le bourgeois toujours d'un mauvais œil, Poète, finement tu ciselas l'ivoire Et l'or: ceci soit dit, pauvre ombre! à ton orgueil
Nous savons te relire en nos doctes époques Malgré ton feutre gras et ta gonelle en loques^ Ton étoile enragée éclate au ciel de l'art.
Et, sans avoir souci de cet honneur immense, Tu sers d'aïeul au roi de notre Renaissance, A ce fin joaillier qu'on appelle Ronsard !
^iivers-sur-Oise^ iSSo.
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c4 "^MoAlTT^E TIET{T{E GT{IC^GOn{E
GRiNcoiRE, ëveille-toil Si tu voyais, mon cher, L'Eglise d'à présent, cette matrone sèche, La Rime dans les mains, tu la battrais en brèche Au risque de descendre au fin fond de l'enfer 1
Maître, rcjouis-toi : Mère Sotte m'a l'air De râler dans son coin, comme une vieille mèche Qui n'a plus d'huile et qui, lentement, se dessèche : La dame a fait son temps et les gens y voient clair.
Lyrique parvenu, roi des figures pâles,
Nous faisons ta besogne et nous sommes des mâles ; ^
L'œuvre est presque achevée, et nous touchons au port^
Adieu. Je te relis, au frais, sous la tonnelle.
Va dire à Jules Deux que Saint-Pierre est bien mort
Puisqu'il est oublié dans la Ville éternelle.
RIMES TRUANDES IJ
24 ù\îoiU\lCE BOUCHOK
Nous faisons tant de bruit, doux et tendre Maurice, Qu'on brûlera nos vers à des danses en rond ! Songes-tu, quelquefois, que nos sistres iront Se perdre dans la Nuit meurtrière au Caprice?
Nous gênons les bourgeois. Ils portent, sur le front, L'insigne du plaisir que nous donna Clarisse; Et comme il faut qu'un jour notre race périsse. Les chiens de tous ces vieux cocus nous mangeront !
iy6 LES POEMES A TOUS CRINS
En attendant, tu mets des fleurs à ta barrette. Ton œil bleu, plein d'amour, fait rêver Nicarette, Et le fauve métal scelle ton parchemin.
Moi, dans ce grand Paris, j'aperçois à toute heure La tète de Méduse au bord de mon chemin; Et je porte un fardeau si pesant que je pleure !
Octobre iSj^.
RIMES TRUANDES
c4 TqAUL "BOUT^GET
SI j'avais pu, mon cher, m*cmpàter comme un veau, J'eusse été proconsul dans le Gers ou l'Isère; Mais je préfère encor Paris et la misère, Car je compte laisser plus d'un in-octavo.
Le public ayant peur d'un poète nouveau, Je me vois menacé du sort de Belisaire : Quand j'aurai trop longtemps égrené mon rosaire, J'irai pourrir, le ventre au soleil, sans caveau.
la
Peu m'en chaut ! Soutenons jusqu'au bout la gageure. C'est pour faire plaisir à vous seul, je le jure, Que j'étudie un peu les âmes, — chez Ninon.
Si ma psychologie, 6 Paul! vous exaspère, Relisez Saint-Amant ou hantez, dans Chinon, La taverne où vécut Rabelais, mon compère 1
RIMES TRUANDES
c4 \oiOUL TOCNiCHOVX^
POETE, dont la barbe en tuyaux d'orgue frise, Vrai sage, être pansu, quelque peu monacal, Tu chéris le roatsbeef et bénis le bocal Plein de vieille eau-de-vie, où nage la cerise!
La robe de prieur, en bure bleue ou grise, Te convient beaucoup mieux que le manteau ducal. La cervoise chantonne en ton gouffre buccal; Mais parfois un sonnet frais et mousseux te grise.
De tes joyeux propos chacun connaît le prix; AdoncqueS; beau Ponchon, tu n'es jamais surpris Lorsque du Grand-Hôtel un mylord nous arrive
Pour lorgner l'objet d'art dont ton chef est muni :
Ta suave calotte en velours vert-olive,
Que nous mettrons plus tard dans un vague Cluny
iSSo.
RIMES TRUANDES jgi