POETE, CONTEUR ET CRITIQUE
DIS-MOI de quel couvent peuple de frères lais y Ou de quel monastère enjolivé de Carmes Tu nous viens, ô Gascon célèbre par tes charmes, O poète fleuri plus gras que Rabelais/
Il faudrait cent rondeaux et jnille virelais Pour dire ta gaîté, tes exploits, tes vacarmes. Sur combien de minois tu fis couler des larmes Et combien Cupido t'a fourni de relais!
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Toîi œuvre a la saveur de ce vaillant Bourgogne, Dont tu rinces ton bec sans aucune vergogne ; Tes soupirs ont séduit plus d'une Alaciel ;
Ton rire formidable a V éclat des trompettes ; Et toi seul fais rougir les étoiles au ciel, Avec confusion et pudeur, quand tu p....!
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LE TOUT{VOl^T T^OSE
POEME ÉCRIT A l'oCCASION DU CINQUANTENAIRE d' « HERNANI »
- t^-i Emile "'Bcrgerat.
UN demi-siècle, hélas! a fane ce pourpoint, Que les Quarante avaient menacé de leur poing Débile, et nous avons vu, depuis, bien des choses. Les vestons soutachés et les justaucorps roses, Le feutre à la Rubens, les grands cols, le velours, Ont abdiqué devant des accoutrements lourds,
Grotesques et mesquins; les fils de notre époque Se sont emprisonnés dans une sombre loque; Et si les bons rimeurs que Lemerre imprima Songeaient à s'embarquer, un matin, pour Lima, Paris retournerait peut-être aux choses tristes Et serait déserté par tous les coloristes. Mais Paris a gardé son cœur et son cerveau : Au lieu de consacrer quelque refrain nouveau; Au lieu de feuilleter, le pied dans la pantoufle, Le roman d'un farceur, qui n'avait plus de souffle Avant d'avoir écrit deux chapitres, Paris A jeté dans la rue un grand flot de maris Et de femmes vêtus comme pour une fête; Car ils sont allés voir Hernani, — du Poète!
Ah! l'un de nous l'a dit : Nous sommes les bouffons De la foule, et soumis, humbles, nous étouffons Nos sanglots. Mais parfois, étant rois au Théâtre, Nous troublons le bourgeois qui dort près de son âtre; Nous savons l'arracher à tous les sanhédrins, Le forçant d'écouter nos fiers alexandrins;
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Et nous voyons souvent, malgré l'or qu'il apporte, Notre ennemi qui bat la semelle à la porte. Mais si le dénouement vient à mouiller ses yeux, Nous nous sommes vengés à la façon des dieux.
Depuis qu'a frissonne l'étendard romantique Au vent d'une révolte ardente et frénétique. Depuis que Charles-Quint a récité ses vers i
Et qu'Albertus a vu la sorcière aux yeux verts, Cinquante ans ont noirci les pierres du théâtre Et poudré de frimas le plus jeune hugolâtre... Presque l'âge de Don Ruy Gomez de Silva! Mais il faut accepter le Destin comme il va Puisque, après tant d'ennuis, de travaux, de batailles Et tant d'herbe poussée aux fentes des murailles, Depuis cette soirée, où prirent leur élan Les fiers propos d'amour de VHonneur castillan, Après tant de héros morts pour la Métaphore Divine, et la Couleur, et la Rime sonore, Après tant de rêveurs descendus au tombeau Pour avoir trop vécu dans le culte du Beau
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Et de brocards jetés à l'héroïque bande
Par ceux qui possédaient Melpomène en prébende,
L'amant de Dona Sol, le farouche Hernani,
Fait flamboyer, ce soir, ses rimes d'or bruni!
Heureux ceux qui verront la scène des Ancêtres : Ils sauront quels sanglots l'amour met dans nos êtres i Heureux tous ceux qui vont ouïr le son du cor! Moi, j'ai passé ma nuit chez les défunts encor : Les fulgurants éclairs jetés par ta rapière, O pâle Don Carlos! m'ont guidé vers la pierre, Où dort le champion fervent de la Couleur, Un dieu dont on n'a point la statue...
O douleur! Celui qu'à deux genoux nous appelons le Père, Celui qui prit un jour l'Idéal pour repaire, Qui supprima ce pal, nommé communément La Tragédie, avec un beau rugissement Et dont la griffe tient pour toujours le Poème, Celui qu'on aime autant que Shakespeare lui-même, N'a point revu, ce soir, le chef des combattants D'Herfiani : ce héros, qui n'avait pas vingt ans.