‹ Les poëmes de l'amour et de la merChapitre 18 sur 29 · XXXIX · texte numérisé non relu

XXXIX

C'est le yent qui m*a fait pleurer, C'est le yent aigu de la plaine.

Qu'on entend geindre et soupirer Là-bas, comme une chatte pleine...

C'est le vent qui m'a fait pleurer.

Je sentais sa brutale haleine, Et le yent devenait moqueur; J'étais dans un manteau de laine Tout en lambeaux, comme mon *cœur!

C'est le vent aigu de la plaine,

LA MORT DE L'AMOUR. iQO'

Cest lui seul qui in*a fait pleurer;

Qui de ma paupière flétrie Tant de larmes a su tirer!

C'est le vent qui rage et qui crie, C'est le vent qui m'a fait pleurer.

L'année est morte, ding dong I Ding, deng, dong, Tannée est morte; Janvier attend à la porte Qu'on lui tire le cordon.

L'année est morte, bien mortel ' On va l'enterrer bientôt ; Par la Vierge, il ne m'en chaut, Par le diable, peu m'importe.

Que l'on mette aussi mon cœur Dans la fosse de l'année Où mon âme s'est damnée Pour un sourire moqueur.

Que dans cette fosâe on plonge Tous les regrets superflus, Et qu'on ne me parle plus Du passé qui n'est qu'un songe.

Lugubres cloches de fer, Roulez à pleine volée Sur mon âme désolée Vos lourds carillons d'enfer.

L^année est morte, bien morte!

Et, désespéré, j'attends Qu'il naisse un nouveau printemps, Ou que le diable m'emporte.

De quoi pouvions-nous bien parler, un soir de m'ai, Un soir mélancolique où pourtant je t'aimai

Sous les ténébreuses ramures ?

Où la nature entière était pleine de voix, Où nos cœurs pénétrés de Tarome des bois

S'endormaient parmi les murmures?

Je ne me souviens pas de ce que nous disions; Si la fine aile d'or de nos illusions

Battait nos fronts brûlants dé fièvres, Ou si l'amer amour qui nous prit tout entiers. Enivrant et troublant, le long des .verts sentiers

Pressait mes lèvres sur tes lèvres.

Je ne sais pas non plus si nous pensions aux morts, Aux aimés qui sont morts ; ~ mais je sais bien qu'alors

Une langueur morne et suprême Enveloppait mon cœur, et que j'ai frissonné Comme si tout à coup j'étais abandonné '

Des jours passés et de moi-môme.

Ah I oui, je me souviens. C'est mon cœur qui sentait Dans les brises du soir, dans la calme forêt.

Dans l'immensité de la vie, S'en aller, s'en aller par lambeaux palpitants Cet amour qui m'avait absorbé si longtemps,

Et dont j'avais l'âme assouvie.

Je me sentais reprendre impérieusement

Par mes premiers amours, par le grand firmament.

Par la profonde mer dormante.

Par la vieille forêt où, parmi les buissons, La nature repose au doux bruit des chansons,

Chaude et mystérieuse amante.

Je sentais, inquiet de mon humanité, S'effacer notre amour qu'avaient fait enchanté

Tant de frais et de jeunes rêves, E t les mots au hasard sur nos bouches volaient. Et les souffles du ciel confusément mêlaient Leur musique au bruit sourd des grèves.

Une nuit orageuse et toute sombre. A peine Un éclair entr'ouvrait Tabîme du ciel noir Et me montrait la mer épouvantable à voir, Qui semblait écumer de colère et de haine.

Sur ta face roulaient tes grands cheveux d'ébène,

ciel ! voilant tes yeux, les étoiles du soir.

Et sur la plage, seul, veillait mon désespoir,

Et j'écoutais le vent comme une voix humaine. ^

L^amour agonisait dans mon cœur désolé, Mon avenir s*était, comme la nuit, voilé ; Et je pleurai longtemps. — J'allais, fou, sans idée,

Laissant mes pleurs couler et se sécher au vent ; •Car je versais alors mes derniers pleurs d'enfant, Et j'en voulus avoir toute Tâme inondée.

A présent, sur la route où je marche éperdu, Il n'est pas un seul être' et pas un cœur au monde De qui mon triste appel, en cette nuit profonde, Puisse jamais être entendu.

Et ie cœur qui battait près de mon cœur fidèle Reste silencieux et glacé par Toubli ; Laissant dans le passé Tamour enseveli, Mon souvenir aux cieux remonte à tire-d*aile«

A présent, sous un ciel sinistre et ténébreux Je chemine en pensant que j'y voyais naguère Passer éblouissants des anges de lumière Qui souriaient aux amoureux.

J'ai devant moi la vie et n'ai point d'espérance, Ma jeunesse a séché comme l'herbe des champs ; Et, poursuivi par la douceur des anciens chants, Je voudrais me coucher dans l'éternel silence.

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