‹ Les poëmes de l'amour et de la merChapitre 23 sur 29 · AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

AUJOURD'HUI

clairs ruisseaux qui des collines Avec des murmures coulez A travers les prés déroulés Devant vos ondes cristallines Qui laissent, sous le ciel changeant.

Voir un sable d'or ou d'argent ;

Fraîches fontaines où se baigne La lune aux tièdes nuits d'été.

Lorsque, dérobant sa beauté Derrière un nuage, elle peigne Ses beaux cheveux tombant à flots Sur ses épaules et son dos ;

Grottes, forêts sombres et vertes,

Consolatrices des grands cœurs

Qui, fuyant les rires moqueurs,

Après tant de douleurs souffertes

Sous votre ombre ont été chercher

L'oubli du monde et se cacher ; i

sentiers déserts, pleins de roses,

Pleins de parfums et pleins d*oiseaux,

Brises chantant dans les roseaux, à

Fleurs sauvages à peine écloses — -

Tout ce que le riche univers

Porte en germe de printemps verts.

Vous êtes à moi ! tous les charmes Des magiciens d'autrefois Me retiennent au fond des bois :

Vous êtes mon rire et mes larmes, Et nos âmes ne font plus qu'un Suave et mystique parfum.

A présent que mon âme est mêlée à la vôtre.

Nature dont j'entends les sanglots et les cris, Que celui qui fut moi n'est plus pour moi qn'un autre, De ceux qu'on a connus et que Ton a chéris;

Que s'est évanouie au soufQe des années La forme en qui j'avais incarné mon amour, Et qu'entre deux feuillets je retrouve fanées Ces fleurs que, tant ému, je reçus d'elle un jour ;

A présent que vainqueur des misères du monde Comme d'un cauchemar qui fuit à tout jamais, J*ai retrempé mon cœur dans une mer profonde De force, de jeunesse et d'éternelle paix,

Que m'importe la mort? A quim'arrache-t-elleî Quels adieux, quels sanglots me briseront le cœur? Précipité d'un bond vers la vie immortelle, Je lègue ma poussière à la nature en fleuri

Entre ses doigts puissants tout se métamorphose ; Qu'elle fasse de moi tout ce qu'elle voudra 1 Et transformé, mon être — oiseau, lumière ou rose — Dans Pair rayonnera, volera, fleurira.

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