A ÉTIENNE CHARAVAY
Cette relique exhale un parfum d’élépie, Car la reine d'Écosse, aux lèvres de carmin,
Qui récitait Ronsard et le missel romain,
Y mit en la touchant un peu de sa magie.
La reine blonde, avec sa fragile énergie,
Signa MARIE au bas de ce vieux parchemin,
Et le feuillet heureux a tiédi sous la main
Que bleuissait un sang fier et prompt à l’orgie.
Là de merveilleux doigts de femme sont passés, Tout empreints du parfum des cheveux caressés Dans le royal orgueil d’un sanglant adultère.
J'y retrouve l'odeur et les reflets rosés De ces doigts aujourd’hui muets, décomposés, Changés peut-être en fleurs dans un champ solitaire.
LE DÉSIR
Je sais la vanité de tout désir profane.
A peine gardons-nous de tes amours défunts, Femme, ce que la fleur qui sur ton sein se fane
Y laisse d’âme ec de parfums.
Its n’ont, les plus beaux bras, que des chaînes d'argile, Indolentes autour du col le plus aimé; Avant d’être rompu leur doux cercle fragile
Ne s'était pas même fermé.
Mélancolique nuit des chevelures sombres,
À quoi bon s’attarder dans ton enivrement,
Si, comme dans la mort, nul ne peut sous tes ombres Se plonger éternellement»
Narines qui gonflez vos ailes de colombe,
Avec les longs dédains d’une belle fierté,
Pour la dernière fois, à l’odeur de la tombe, Vous aurez déjà palpité.
Lèvres, vivantes fleurs, nobles roses sanglantes,
Vous épanouissant lorsque nous vous baisons,
Quelques feux de cristal en quelques nuits brûlantes Sèchent vos brèves floraisons.
Où tend le vain effort de deux bouches unies?
Le plus long des baisers trompe notre dessein ;
Et comment appuyer nos langueurs infinies Sur la fragilité d’un sein?
LE DÉSIR. 27
Mais la vague beauté des regards, d’où vient-elle, Pour nous mettre en passant tant d'espérance au front? Et pourquoi rêvons-nous de lumière immortelle
Devant deux yeux qui s’étindront?
Femmes, qui vous donna cette clarté sacrée
. Dont vous avez béni la ferveur de mes yeux?
Et d’où vient qu’en suivant votre trace adorée Je sens un dieu mystérieux?
Septembre 1863.
Oh! montrez un moment au monde Votre fragilité féconde,
Et semez la vie à vos pieds!
Puis passez, formes éphémères ; Femmes, puisque vous êtes mères,
C'est qu’il convient que vous mouriez.
Votre divinité ne dure,
Douces forces de la Nature,
Que ce qu’il faut pour son dessein.
La race impérissable et belle, Voilà cette chose immortelle
Que l’on rêve sur votre sein!
LE DÉSIR
C’est par vous que l’heureuse vie Tour à tour en la chair ravie S’allume, et ne s’éteindra pas.
En vous la vie universelle Éclate, et tout homme chancelle
Ivre de beauté sur vos pas.
Vivez, mourez, pleines de grâce; Les hommes et les dieux, tout passe, Mais la vie existe à jamais.
Et toi, forme, parfum, lumière,
Qui fleuris ma vertu première,
Ah! je sais pourquoi je t’aimais!
Juin 1869.