EC4 MORT DU SINGE
Dans la serre vitrée où de rigides plantes, Filles d’une jeune île et d’un lointain soleil, Sous un ciel toujours gris, sommeillant sans réveil,
Dressent leurs dards aigus et leurs floraïsons lentes,
Lui, tremblant, secoué par la fièvre et la toux, Tordant son triste corps sur des lambeaux de laine, Entre ses longues dents pousse une rauque haleine, Et sur son sein velu croise ses longs bras roux.
Ses yeux, vides de crainte et vides d’espérance, Entre eux et chaque chose ignorent tout lien;
Ils sont empreints, ces yeux qui ne regardent rien, De la douceur que donne aux brutes la souffrance.
Ses membres presque humains sont brülants et frileux ; Ses lèvres en s’ouvrant découvrent les gencives;
Et, comme, il va mourir, ses paumes convulsives Ont caché pour jamais ses pouces musculeux.
Mais voici qu'il a vu le soleil disparaître
Derrière les huniers assemblés dans le port;
Il la vu : son front bas se ride sous l’effort
Qu'il tente brusquement pour rassembler son être.
Songe-t-il que, parmi ses frères forestiers,
Alors qu’un chaud soleil descendait des cieux calmes, - Repu du lait des noix et couché sur les palmes,
11 s'endormait heureux dans ses frais cocotiers,