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LES CERFS

Douce aux destins nouveaux son âme végétale Se disperse aisément dans la forêt natale; L’universelle vie accueille ses esprits :

Il redonne à la terre, aux vents aromatiques, Aux chênes, aux sapins, ses nourriciers antiques,

Aux fontaines, aux fleurs, tout ce qu’il leur a pris.

Telle est la guerre au sein des forêts maternelles. Qu'elle ne trouble point nos sereines prunelles : Ce cerf vécut et meurt selon de bonnes lois,

Car son âme confuse et vaguement ravie

A dans les jours de paix goûté la douce vie;

Son âme s'est complu, muette, au sein des bois.

Au sein des bois sacrés le temps coule limpide, La peur est ignorée et la mort est rapide;

Aucun être n'existe ou ne périt en vain.

Et le vainqueur sanglant qui brame à la lumière, Et que suit désormais la biche douce et fière,

A les reins et le cœur bons pour l’œuvre divin.

1a LES POEMES DORÉS.

L'Amour, l’Amour puissant, la Volupté féconde, Voilà le dieu qui crée incessamment le monde, Le père de la vie et des destins futurs!

C'est par l'Amour fatal, par ses luttes cruelles, Que l’univers s’anime en des formes plus belles,

S’achève et se connait en des esprits plus purs.

Septembre 1871.

LCA MORT D'UNE LIBELLOULE

Sous les branches de saule en la vase baipnées, Un peuple impur se tait, glacé dans sa corpeur, Tandis qu’on voit sur l’eau de grêles araignées

Fuir vers les nymphéas que voile une vapeur.

Mais, planant sur ce monde où la vie apaisée

Dort d’un sommeil sans joie et presque sans réveil, Des êtres, qui ne sont que lumière et rosée,

Seuls agitent leur âme éphémère au soleil.

14 LES FOBMES DORÉS. |

Un jour que je voyais ces svelres demoiselles, Comme nous les nommons, orgueil des calmes eaux, Réjouissant Pair pur de l'éclat de leurs ailes,

Se fuir et se chercher par-dessus les roseaux,

Un enfant, l’œil en feu, vint jusque dans la vase Pousser son filet vert à travers les iris,

Sur une libellule; et le réseau de gaze | Emprisonna le vol de l’insecte surpris.

Le fiñ corsage vert fut percé d’une épingle ; Mais la frêle blessée, en un farouche effort, Se fit jour, et, prenant ce vol strident qui cingle, Emporta vers les joncs son épingle et sa mort.

Il n’eût pas convenu que sur un liége infâme

Sa beauté s’écalât aux yeux des écoliers :

Elle ouvrit pour mourir ses quatre ailes de flamme, Et son corps se sécha dans les joncs familiers.

Chaville, mai 1870.

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