‹ Les poëmes dorésChapitre 9 sur 31 · LE CHÊNE ABANDONNÉ · texte numérisé non relu

LE CHÊNE ABANDONNÉ

Dans la tiède forée que: baigne un jour vermeil, - - - Le grand chêne noueux, le père de la race, Penche sur le coteau sa rugueuse cuirasse, :

Et, solitaire aïeul, se réchauffe au soleil.

Du fumier de ses fils étouffés sous son ombre, Robuste, il a nourri ses siècles florissants,

Fait bouillonner la séve en ses membres puissants, Et respiré le ciel avec sa têce sombre. . .

Mais ses plus fiers rameaux sont morts, squelettes noirs Sinistrement dressés s1r sa couronne verte;

Et dans la profondeur de sa poitrine ouverte

Les larves ont creusé de vastes entonnoirs.

La séve du printemps vient irriter l’ulcére. : Que suinte la corpeur de ses âcres tissus,

Tout un monde pullule en ses membres moussus, Et le fauve lichen de sa rouille l’enserre.

Sans cesse un bois inerte et qui vécut en lui . Se brise sur son corps et tombe. Un vent d'orage

Peut finir de sa mort le séculaire ouvrage,

Ec peut-être qu’il doit s’écrouler aujourd’hui.

Car déjà la chenille aux anneaux d’émeraude

Déserte lentement son feuillage peu sûr ;

D'insectes soulevant leurs élytres d’azur

Tout un peuple inquiet sur son écorce rôle; - __ -

LE CHÊNE ABANDONNÉ. a7

Dès hier, un essaim d’abeilles a quitté Sa demeure d'argile aux branches suspendue; Ce matin, les frelons, colonie éperdue,

Sous d’autres pieds rameux transportaient leur cité ;

Un lézard, sur le tronc, au bord d’une fissure, Darde sa tête aiguë, observe, hésite, et fuit; Ec voici qu'inondant l'arbre glacé, la nuit

Vient hâter sur sa chair la pâle moisissure.

THÉSR CA

Cette outre en peau de chèvre, 6 buveur, est gonflée De l'esprit éloquent des vignes que Théra, Se tordant sur les flots, noire, déchevelée,

Etendit au puissant soleil qui les dora.

Théra ne s’orne plus de myrtes ni d’yeuses,

Ni de la verte absinthe agréable aux troupeaux, Depuis que, remplissant ses veines furieuses, Le feu Plutonien l’agite sans repos.

Son front grondeur se perd sous une rouge nue 3; Des ruisseaux dévorants ouvrent ses mamelons ; Ainsi qu’une Bacchante elle est farouche et nue, Et sur ses flancs intacts roule des pampres blonds.

Mai 1873.

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