‹ Les poésiesChapitre 101 sur 133 · GLOSE · texte numérisé non relu

GLOSE

Venir aujourd'hui commettre une glose !

Bons petits amis, tirez vos sifflets.

Il est dangereux de fi^ire une chose Quand on ne sait pas, surtout des couplets.

De ce rhythme ingrat la rime lointaine A peine s'entend, tout est peu senti ; Mais je suis soldat & non capitaine, Je fais l'exercice : on est averti.

Le diable a sur nous de si grands pouvoirs Qu'il faut lui céder le temps & l'espace.

C'est avec le temps que dans nos miroirs Il nous fait à tous faire la grimace.

Chaque jour produit du bien & du mal ; Il vient une fièvre, il naît une rose, Un événement plus ou moins banal :

Venir aujourd'hui commettre une glose!

Je glisse entraîné dans ce précipice Par l'infime fleur que j'y veux cueillir.

Vieux saint Apollon, soyez-moi propice, Puissé-je à mon but ne pas défaillir!

Bonhomme, en ce temps protégez ma cause Qu'elle ne m'attire aucuns camouflets.

Il faut être moi pour faire une glose !

Bons petits amis, tirez vos sifflets.

J'écris de mon mieux , écrivant pour vous.

Ençouragez-moi si mon œuvre est belle.

Mais si c'est absurde, alors sifflez tous, Et n'épargnez pas ma muse nouvelle.- Dans ce labyrinthe où porter mes pas?

On sait le proverbe : Où l'homme propose Dieu dispose. Aussi , quand on ne sait pas , Il est dangereux de faire une chose.

De Tart tout caprice est' beau, toute forme.

Toute gymnastique est saine pour tous.

Où voit le vulgaire une œuvre difforme Le rayon souvent éclate pour nous.

Gloses , triolets , rien n'est inutile :

Il faut pour les fous bien des parapets.

Faire quelque chose est très-diiBcile Quand on ne sait pas, surtout des couplets.

Voici la moitié de ce long parcours , Et j'ai bravement rempli la distance.

Pardonnez, amis, si. je vous crois Sourds ; Mais la glose ayant beaucoup d'importance.

Je fais remarquer son accord lointain.

Si vous êtes las, reprenez haleine Pour suivre avec moi, dans ce beau chemin.

De ce rhythme ingrat la rime lointaine.

Tout s'en va, tout passe, & même la glose!

Sa douce harmonie à tous ne plaît pas.

Comme un filet d'eau qui toujours arrose,

J'aime ce refrain qui murmure au bas.

J'aime à chaque strophe, & bien qu'on en dise,

Ce vers inflexible, & comme amorti,

Dont la marche, ainsi qu'un pas dans l'église,

A peine s'entend; tout est peu senti.

Si je me nommais Musset ou Gautier, Si j'avais un nom rayonnant, sonore.

Si j'étais Hugo, Gérard ou Barbier, De Vigny, Méry, tant d'autres encore; Eh bien ! je serais ! & je ne suis rien ; Je resplendirais dans l'espèce humaine.

Lorsque je saurai, je gloserai bien; Mais je suis soldat & non capitaine.

Et j'ajoute encor pour finir la pièce :

Par mode, en musique on cherche le vieux.

Cette forme aussi manquant de jeunesse.

Si vous approuvez ma glose, tant mieux!

Puis, si je n'ai pas tenu ma promesse.

Si j'ai mal glosé... prudent apprenti.

Je dis pour excuse & plein de sagesse :

« Je fais l'exercice : on est averti.* »

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