A MADAME
Oui, vous avez raison^ je suis triste, morose! Je vois tout s'écrouler, ou pencher, ou finir... Et d'instants en instants, de moins en moins, je n'ose Espérer comme vous & croire en l'avenir.
Je m'arrête troublé, je regarde en arrière; Tout est débris, tronçons, ruines. Rien de plus. Quelles gloires pourtant dans ce grand cimetière! Mais passons. Les regrets sont toujours superflus.
Madame, c'est ainsi. Votre douce parole.
Écho toujours vibrant de yotre noble cœur.
Est un charmant concert où l'âme se console.
Eh bien, comme un hibou, tout renfrogné, rêveur,
Je reste dans mon coin... &, songeur solitaire, Je m'éloigne de tous & de tout à la fois.
Du découragement si je veux me distraire, J*ai l'air d'un condamné qui soulève sa croix !
Oh ! que je voudrais être indifférent quaod môme. Je fais de vains efforts... S'il me vient quelquefois Un sourire, aussitôt je retombe en moi-même.
En pensant que le sort est étrange parfois. •
Moi, j'ai passé ma vie à courir après Tombre... J'ai cru construire! Hélas! je vois trop mon erreur. Ma base est écroulée! En ces temps de pénombre. J'ai bâti sur un sol trop mouvant, par malheur.
Tout oscille! Où va-t-on? La croyance dissoute, Que deviendront les arts, fils du génie humain? Labyrinthe effrayant, tlont nul ne sait la route. Dont chacun croit le fil conducteur dans sa main.
Le siècle me semblait splendide & grandiose; Et, lézard du vieux mur, je dormais au soleil... Des cris m'ont réveillé! Je suis triste, morose; Je nie demandais rien, moi, qu'un plus long sommeil.