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LES DEUX CENTENAIRES

Deux centenaires chancelants ,

A pas lents ^ Revenaient de boire bouteille, L'un sur l'autre étant appuyés

Et plies, Pour mieux se parler à l'oreille.

C'était comme un jour de gala,

Ce jour-là, Montmartre fêtait la Saint-Pierre ! On peut bien boire un petit coup.

Voilà tout; N'allez pas leur jeter la pierre...

Ils passaient sur mon boulevard

Assez tard; • Comme eux je gagnais ma demeure.

Et m'en allais, le nez au vent.

En rêvant.

Ainsi que je fais à toute heure.

De ces vrais amis d'autrefois

Quand parfois Je rencontre une noble paire,

Je les suis avec intérêt ,

Toujours prêt A les écouter pour mieux taire.

L'un disait à l'autre en marchant^

Trébuchant :

« L'ombre pour nous devient épaisse ! »

L'autre lui répondait : a Mon cher.

Mots en l'air !

Nos cœurs sont brillants de jeunesse. »

Tous deux, bras dessus, bras dessous.

Un peu soûls...

Bénissant madame Grégoire, Chantèrent en tournant un coin;

Puis au loin Se perdit leur chanson à boire.

Rien ne me parut plus touchant

Que ce chant De deux amis heureux quand 'même.

Chanter lorsque l'on est si vieux

Fait voir mieux Comme on est plus fort quand on s'aime !

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