LA SIESTE
N'ouvrez pas encor les yeux.
Ma belle dormeuse; Le soleil esc radieux ,
Et vous radieuse.
Écoutez, tout en dormant.
Ce que je vous chante :
Je chanterai doucement.
Dormez, ma charmante!
Dormez dans votre beauté,
Bercez-vous d'un songe.
Mieux que la réalité
Vaut un beau mensonge.
Quand vous vous réveillerez ,
Ma petite reine.
Nous irons où vous voudrez
Que l'amour nous mène.
Nous prendrons, si vous voulez,
Auprès de l'église La route à travers les blés,
Quand viendra la brise.
Ou bien les petits sentiers
Autour du village.
Où saules et peupliers • Bordent le rivage.
Si nous trouvons en chemin
Une batelière, Nous irons jusqu'au moulin
Qui bat la rivière; Nous nous arrêterons là.
Plus tard, quand on passe, On se souvient... Tout cela
Dans le cœur se place.
Il est mille endroits fleuris,
Ou gais, ou pleins d'ombre; Il est toujours, près Paris,
Des jardins sans nombre.
Nous irons dîner, joyeux, ,
Sous quelque tonnelle;..
N'ouvrez pas encor les yeux.
Dormez, ô ma belle!