PENDANT L'HIVER
Alors qu'il gèle à pierre fendre Et qu'il ne fait pas jour ; alors Qu'en un lit chaud ^ on peut entendre Le bruit des sabots au dehors; Ce bruit sec^ matinal^ qui glace; Ce bruit du malheureux^ qui passe Courant à quelque triste endroit Avec ses mains rouges de froid ; On cache aussitôt sa figure Sous les plis de la couverture.
Mais c'est ^al. Devant les yeux ^ Dans la pénombre de nos villes.
Surgissent des femmes, des vieux...
Ils sont rangés en longues files , Et s'en vont, mornes bataillons Couverts de sordides haillons, Avec balais, ou pioche ou pelle.
Qu'il pleuve ou neige, ou grêle ou gèle.
Pendant l'hiver & si matin.
Balayer! pour manger du pain.
Puis la petite plébéienne Passe en de bleuâtres reflets ,
Vêtue en robe d'indienne...
Pour aller coudre ses ourlets.
Honnêtes y courageuses filles y Qui cousez coiffes ou mantilles , Vous faut-il de vertu, ma foi.
Pour sortir quand, il fait si froid !
Plus d'une soutient sa famille Du faible gain de son aiguille.
On voit encor les ouvriers.
Les artisans de toutes sortes,
Qui courent à leurs ateliers
Pour être, au coup de.cloche, aux portes.
Sachant les grands travaux qu'ils font.
Le peu de profit qu'ils en ont;
Moi, dans l'hypothèse incertaine
Que tout autre au moins est ma peine,
Par un lourd sommeil engourdi,
Je me rendors jusqu'à midi.