MATINÉE DE PRINTEMPS
Ce beau matin clair Qui me renouvelle Fiambe-t-il dans Tair, Ou dans ma cervelle?
Est-ce à Torient Que, rose et vermeille.
L'aurore en riant Se désensommeille,
Intermède.
Ou bien se peut-il, De mon âme éclose, Que l'aube d'avril Sorte en peignoir rose ?
O soleil levant !
Telle est ta féerie, Qu'un esprit d*enfant Qui se rapatrie
(Car la mort changea Hn ailes les langes) Pense être déjà Dans le ciel des anges !
Sur riierbe à couvert Un rayon qui glisse Met des lacs d'or vert, Grands comme un calice,
Où, dans le clin d'œil De son vol qui rôde.
L'hirondelle en deuil Se teint d'émeraude.
Intermède.
Sur moi qui souffrais, Sur la terre obscure, Passe le jour frais Qui nous transfigure;
Soudain s'est enfui Comme un vain décembre Ce que j'eus d'ennui, Ce qu'elle avait d'ombre.
Il monte à mon front Que plus rien n'oppresse Un réveil si prompt De vie et d'ivresse,
Pareille aux haillons D'un gueux de Morée, De tant de rayons Mon âme est dorée,
Je sens si vermeil Et si chaud renaître En moi le soleil.
Que moi seul peut-être
8 Intermède,
Dans l'air enchanté Verse, épands, déploie Toute la clarté Et toute la joie !
Si le ciel est pur, Si la fleur se pâme, C'est de mon azur Et c'est de ma flamme.
O printemps joyeux, L'amoureuse fête Des bois et des cicux, C'est moi qui l'ai faite
Avec mes baisers Épars dans la brise, Qui guettent, rusés, La dryade éprise.
Avec mon désir Fou qui bat des ailes Pour suivre et saisir Le vol des oiselles,
Intermède.
Qpi, dans les sablons, Fait hennir les courses Des chauds étalons, Et, troublant les sources,
Tandis que Phyllis Fleurit sa corbeille.
Met au cœur des lys Des frissons d'abeille !
L*amant aux aguets Le long des venelles Blanches de muguets Et de pimprenelles,
Cherchant, cœur à jeun.
Parmi les rosées, Un avant-parfum De lèvres baisées.
Doit à la chaleur De mon incendie Les touffes en fleur D'herbe reverdie.
lo Intermède,
Et mes feux vainqueurs Ont le sortilège, En brûlant les cœurs, D'épargner la neige,
La neige des seins Frémissants et pâles I Sans peur des essaims, Du vent ni des hâles,
Comme les lys hors De leurs gaines vertes, Éclosez, trésors Des robes ouvertes I
Dans le bois charmant De Meudon à Sèvres, Où comme un amant L*air tiède a des lèvres.
Qu'un voile égaré Partout tremble aux branches, Car j'ai préparé Aux nudités bhmches
Intermède. 1 1
Que l'or baise à flots L'excuse ingénue Des œillets dcclos, De la rose nue 1
Pour Tenlacement Éperdu des couples, Sous Tabri dormant Des lianes souples.
J'ai, de floraisons Aux senteurs plus douces, Fleuri les gazons, Parfume les mousses,
Et l'oiseau des bois, Brûlé de mes flammes, Ramage X mi-voix Des épiihalames !
Pendant que je ris Et que rien ne pleure, O chors cœurs épris, Profitez de l'heure.
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Ne vous bornez pas A ces escarmouches Qui mêlent les bras Sans unir les bouches;
Dans renivremeni Dont je vous embrase, Cueillez le moment Do rentière extase ;
Savourez, tandis Q.ue je vous convie, Tout le paradis Que permet la vie :
C'est pour peu d'instants Q)j*en ma froide brume L'aube de printemps Si belle s'allume.
Et dans ce cœur plein De lumières roses, Où sourit, câlin, Le réveil des choses,
Interitiède. \ 3
Dans ce cœur si clair Dont la joie invite, La nuit et l'hiver Reviendront bien vite !