ÉLOGE DU RIRE
Sous tes cheveux que désunit Ton soufHe odorant qui les frôle, Tes petits rires sont un nid De fauvettes dans un grand saule.
Pourquoi tu ris? On ne sait pas.
Mais qui donc prend souci des causes Pourquoi fleurissent les lilas £t pourquoi fleurissent les roses?
Intermi'ile. 17
D'ailleurs, s'il faut une raison.
Les fleurs de tes rideaux sont faites Très certainement de façon A te mettre le cœur en fêtes.
On ne sait pas tout ce que peut Donner de gaité naturelle La chanson du toit quand il pleut, Le cri des vitres quand il grêle.
Toi tu ris : l'émail apparaît De tes dents petites et sûres, Dents de louve, où sommeillerait La méchanceté des morsures.
C'est très bien. Le rire charmant A la tendresse et l'ironie ; Il est le doux consentement Et l'opposition bénie.
C'est lui qui répond ; Je veux bien, Sur les lèvres encor mi-closes De celles qui ne savent rien Des épines sinon les roses;
i8 Internùde.
Et c'est lui que, sans repentirs, Aux durs ceps, à la lampe ardente, Jettent, superbes, à martyrs, Vos bouches que le fer édente 1
Ris encore, femme au cœur bon, Candeur que la gaité dénonce.
Ris à range, ris du démon.
Comme au lys, comme de la ronce ;
Nos esprits en d'obscurs réseaux Subissent la prison charnelle, Et les âmes ne sont oiseaux, O douxVire! que par ton aile.