ELLE SEULE
J'ai vu fleurir le sourire D'une lèvre en mai !
Je ne mourrai pas sans dire Q.ue je fus aimé.
Qpe rœil en pleurs d'une vierge.
Détourné du ciel, A lui sur moi comme un cierge
Qpi s'écoule en miel.
Inttrmè.Ie, 69
Qu'une odeur de clématite Me suit en chemin.
Pour avoir touché, petite Et pâle, sa main,
Q.ue j'ai connu, par la grâce De sa bouche en fleur,
Une ivresse qui terrasse Comme une douleur.
Et qu'au fond du minuit sombre Où j'eus peur souvent,
Demandant le jour à Tombre Et ma route au vent.
Enfin j'ai baisé l'aurore Sur un front doré,
Après l'avoir dit encore, Je le redirai !
La juvénile chimère
ITun renom lointain
S'envole dès le brumaire De notre destin.
luUrmèàe.
Puisque, tous, Tennui nous parque
Dans son vil giron, A quoi sert d'être Pétrarque,
Gœthe ou Caldcron ?
Votre fierté s'habitue,
Dante, et vous, Bembo,
A l'espoir d'une statue Sur votre tombeau.
Elle vous laisse, la Gloire, Ce qu'il reste encor
De soif à qui vient de boire De l'air dans de l'or;
El vous faites peu d'estime, Vieux convives las-.
De cette coupe sublime Qui ne grise pas !
Même les belles musiques Aux sons tout-puissants,
Qui donnent, hyperphysiques.
Une âme A nos sens,
Inli'fuu'il.'. 7 1
Et ir.cmc les vers augustes.
Purs et triomphants
Comme des râles de justes Et des voix d*enfants,
Si liers que, dans les batailles,
O vaincus d'hier !
Le clairon des représailles
Jette un cri moins fier,
Si doux que sous les charmilles,
Les futurs époux.
Jeunes hommes, jeunes filles,
Ont des pleurs moins doux,
Evoquent en vain les fiammes Des jours révolus.
Dans les cendres de nos âmes Où rien ne luit plusl
Mais une exquise lumière, O ma seule amour 1
En glissant de ta paupière Fait partout le jour.
72 InUrmède.
Si tu dis une parole,
Mon cœur, triste et vieux.
Est plus gai que la corolle
Des oeillets joyeux !
Ta voix est le chant d'un ange
Sur terre proscrit, Et me met, délice étrange,
Du ciel dans l'esprit !
Que me parle-t-on des gloires?
Qu'ils gardent pour eux Les travaux et les victoires !
Je suis amoureux.
Après les instants funèbres Des derniers adieux,
Où riiomme a peur des ténèbres Et doute des dieux.
Sur ma tombe où les couleuvres Mêleront leurs nœuds,
Au lieu du vain nom des œuvres Que le temps haineux
Intermède, 73
Abolit, souille, ou déforme^ Gravez seulement,
A6n qu*à jamais je dorme Un rêve charmant.
Gravez le cher nom de celle Qpi m'aima, le nom
De Tenfant qui, chaste et belle.
Ne m'a pas dit non I