‹ Les poésiesChapitre 171 sur 172 · Prologue · texte numérisé non relu

Prologue

Pour une qui hésite 78

Pour une qui a résisté 79

Le Cri 80

Avant, Après 81

Rires éteints 82

Midi, Minuit 85

Infériorité des Fleurs 84

Tendresse de Monstre 8;

La Quête 86

Bouquet triste 87

Pour une petite Poétesse 88

Pour une autre Poétesse, moins jeune 89

Pour une qui est endormie 90

Pour la Même, réveillée 91

Pour une belle Dévote 92

Pour une qui aime trop 9I

Pour une qui n'aime pas. assez 94

Sur le balcon 9$

La Servante 96

Le beau Costume 97

Sommeil d'Époux 98

TabU. \ij

Pour Madame la Marquise ^. 99

La Petite fille et les Martinets 100

L'Ingénue loi

La Station de Cythère 102

Printemps triste 105

Pour aucune. 104

Pièces datées :

Odelette guerrière 707

Compliment au Grand-Père 115

L'EnÉint et l'Étoile iiS

Le 14 Juillet zz8

Imprimé ehe^ %A, Lanitr, 14, rue Stguitr, à Paris.

Les Poésies de Catulle Mendès

'SjyuvclU lîdiiiott Augmentée de soixante -douze Poèmes inédits

FORMENT SKPT VOLUMMS :

Plnlotitéla.

Sérénades. — Pagode.

* Soirs moroses.

* Contes épiques.

* Hespérus.

* Intermède.

* Le Soleil de minuit.

Chaque volume est précédé d*iine Note bibliographique indiquant les précédentes éditions de Touvrage et les Poèmes nouveaux dont il est augmenté.

Les titres marques ci-dessus d*un astérisque sont ceux des volumes déjà parus.

Il est tiré, de chaque volume, cinquante exemplaires sur papier du Japon (prix : $ fr.)

Jmprintf rhe\ *,4, Ijinifr, 14, me Stfnier, à Varis.

LES POÉSIES DE CATULLE MENDÈS tîjtuvtlU Édition

Le

Soleil de Minuit

PAUL OLLENDORFF, Éditeur

iK /.II, %«i d, HjcbrU...

Le

Soleil de Minuit

%A Jean !\Carras.

NOTE BIBUOGRAPHIQ.UE

Le Soleil de Minuit, qui date d'avril 1875, parut dans la troisième série du Parnasse Contemporain (1876, Alphonse Lemene, éditeur).

Il fit ensuite partie de : les Poésies de Catulle Mettdès (1876, Sandoz et Fischbachcr, éditeurs).

CATULLE MENDÈS

Le

Soleil de Minuit

PARIS l'AUL OLLENDORFF, Éditeui

jS bii, "Hue de "HlibelIcH

Qpand rîmmémoriale antiquité des jours Commençait pour ce globe et ses vides séjours, L*obscure volonté selon qui la matière Se ruait à remplir sa destinée entière Faisait sur le désert universel des eaux Voguer des continents comme de grands vaisseaux ; Et, la nuit, sous Tœil clair des récentes étoiles, Les forêts s'emplissaient de vent, comme des voiles! Aucun pilote humain. Seul, le Hasard savant, Capitaine pensif qui veillait à Tavant,

Lt Soleil de Minuit

Par Tépaisseur des mers que le sillage échancre Guidait les lentes nefs, et, parfois, jetait Tancre, Soit quand* TEst bleuissait, soit quand avait grandi L'épanouissement des pourpres du Midi !

Des îles, à Tarricre, ainsi que des chaloupes, Lourdes, traînaient, ou bien, plus légères, par groupes, Flottilles que l'on nomme à présent archipels. S'éloignaient sous l'azur ou la brume des ciels.

Plus d'une, obéissant à son propre mystère, Tenta seule, 6 destins ! l'infini solitaire.

Donc, au septentrion de la sphère, un îlot S'échoua dans la paix hivernale du flot. Pendant amas de blocs que la banquise épaule^ Ni l'âpre vent qui sort de la bouche du pôle. Ni les souffles du sud épouvantés des mers Où le givre fleurit sur les glaçons amers. N'ont pu, depuis les jours, faire bouger de place Cette oasis de roc dans le désert de glace.

Là l'espace est blafard sous les deuils persistants D'un long minuit I L'hiver a-t-il gelé le temps

Lt Soleil de Minuit

Dans le pitrge étemel d'une seule heure sombre? Blême à peine, vers Toucst, s'ébauche une pénombre, Sépulcre de brouillard où git le soleil mort ; Et la neige aux grands plis, linceul royal du Nord, < De la cime des monts aux profondeurs s'épanche. L'ile déroule au loin sa solitude blanche Que prolonge la morne et terne inclinaison Des glaces de la mer vers le gris horizon. Et, miroir des pâleurs sans fin continuées. Le lourd ciel, en banquise agrégeant ses nuées. Stable ou s'entre-heurtant comme un glacier fendu. Semble un autre océan polaire, suspendu 1 Du sol mélancolique au dôme taciturne S'étage le profond crépuscule nocturne Où se meuvent des corps faits de neige et de nuit : Grand faucon, tourmentant l'air opaque, sans bruit ; Renne qui sur le cap broute une maigre touffe ; Pétrel pêcheur, dans l'ombre où son râle s'étouffe Hérissant par faisceaux son court plumage brun Visqueux de la rosée amère de l'embrun ; Loup hurleur, aux reins torts, fauve louve, qui rôde Vers un terrier trahi par une brume chaude. Pendant qu'au loin s'allonge et plane en soulevant Les plis du soir, le geste étrangement vivant D'un noir tronc d'arbre hors d'une rocheuse fente. Ou d'un mort que sa fosse ouverte réenfante ! Mais des formes bientôt se dissout le semblant. Obscur, dans le brouillard, pâle, dans le sol blanc;

8 U Soleil de Mimât

Et, soit que pèse Tair sur la plaine dormante, Soit que, rude et rompant les sapins, la. tounaente Roule aux gouffres, avec Tavalanche, les ours, La terre que poussa le vent des premiers jours Déploira le désert de ses blancheurs funèbres Sous la lividité stagnante des ténèbres.

Lr Soleil de Minuit

flNOflRA

Le beau tueur de loups, le jeune homme aux bras forts,

Sur ma couche rompue a joui de mon corps.

Ton choc fut rude, Agnar! sans prière ni piège,

Soudain, hurlant, pareil à la trombe de neige

dui frappe, emporte, abat le sapin résistant ;

Et ma force, en tes bras sœur des joncs de Tétang,

A subi ta vigueur redoutable, avec joie I

Mais tu dors trop longtemps, jeune loup, sur ta proie.

10 L& SoUiî de Minuit

Car un dessein hardi qu'irrite ta langueur Rôde impatiemment dans Tombre de mon cœur.

AUNAIl

Pendant que le vieillard, ton époux et mon hôte,

Évenire du harpon les narvals de la côte,

J*ai vu, des flancs profonds aux cimes des seins durs.

Luire ta neige nue en tes cheveux obscurs.

Mais quel penser, semblable aux bêtes de carnage,

Rôde en ton sombre cœur, sous le toit que j'outrage?

J*ai dressé, pour ce jour, le faucon de la mort.

AUXAIl

La femme rêve au mal pendant que Thomme dort.

S.NOlirvA

Âttends-tu que le bloc de glace qui surplombe. Croulant, fasse au vieillard un couvercle de tombe ? Ou que le bord fangeux qu'on sent trop tard plier Vers le geyser lui creuse un rapide escalier?

AiiNAR

Cesse de me tenter, femme aux sombres amorces.

11 revient, le pêcheur de phoques et de morses. Le vieil époux, visqueux d*eau marine, cassé Sous le fardeau puant du poisson dépecé.

îx Soleil de Minuit ii

Et sa barbe essuîra, d*huiles rances infecte, Ma bouche que le sang de tes baisers humecte I Ah 1 le bloc au glacier tient trop ferme pour choir, Le vieux minuit n'a pas de brouillard assez noir Pour qu'à des yeux rusés le gouffre ouvert s'y cache : Mais ton bras est robuste, et j'aiguise ta hache 1

Grâce 1 il- est mon ami.

flxonnA

Frappe I il est mon époux.

AnxAti

Qpoi ! tu n'as point pitié?

sxorinA

Qpoil tu n'es point jaloux?

Chasseur, c'est un scrupule où la crainte se mêle, Que d'épargner le mâle ayant pris la femelle, Et tu ne m'aimes point si tu ne le hais pas !

AOMAIl

Je vis dans sa maison.

sMonnA J'y dors entre ses bras 1

AOSIAR

Le meurtre Lnisse au fer une durable rouille.

sxobua

Homme, saisis la hache, ou, femme, la quenouille!

12 Lt Soleil de Minuit

AUXA,R

La tête roulerait, sinistre, aux cheveux blancs.

sNoniiA

Je me suis éveillée un lâche sur les flancs ! Quand passe un jeune ourson, bête à peine poilue. Ta bravoure se range, et, prudente, salue ; Et si leur vil troupeau te mordait aux genoux. Pour en être épargné tu lécherais les loups I

AOVAK

Paix 1 Le baiser sied mieux que Tin jure à tes lèvres.

Va t'accoupler avec les femelles des lièvres ! Surtout, soyez prudents : pour vous apparier, Elisez un lieu calme et voisin du terrier; Là, pullulez, bon couple, et broutez, pêle-mêk, Prêts à fuir, les petits pendus à la mamelle, Qpand la neige a craqué sous la chute des glands. — Tu ne m'embrasseras qu'avec des bras sanglants I

Lt Soleil de Minuit 13

Qu'esi-cc donc qu'a la nuit ? un loni rcllux circule Dans la paix du livide et stagnant crépuscule; Et comme soulevé par des ensevelis Le blanc linceul du Nord s*émeut en ses grands plis. Cest qu'une rougeur naît, vers Test, dans la pénombre; Tel transpire un raj-on du sépulcre moins sombre. Quand le ressuscité qui traîne un long lambeau Lève sur les degrés la lampe du tombeau !

14 L& Soleil de Minuit

La rougeur s'épaissit, s'élargit, veut édcre, Pousse, opaque rondeur, les ombres, croît encore, Plane ! et domine au loin les polaires pâleurs.

C'est le soleil nocturne, elTroi des loups hurleurs !

Sur un blême sonmiet d'où la nuit se reploie L'astre, pesant, séjourne, et, large et plein, rougeoie. Fuite blanche, une brusque avalanche, par bonds. Roule, revient, ressaute, et croule aux vais profonds : L'orbe morne, vermeil dans Tombre refoulée, Dégorge sur la neige une rose coulée.

Lt Soleil de Minuit 15

SMOUHA

Ce soir, du pis gonflé des rennes, par trois fois, Le sang, au lieu du lait, a jailli sous mes doigts : J'ai frémi d'espérance à ce riant présage ! Certes, la mort attend le vieil homme au passage ; Gravissant neige et roc, guettant à Tliorizon Un filet de fumée au toit de sa maison,

l6 Le Soleil de Minuit

Lui-mùmc il tend le cou sous la hache levée. Et son dernier retour n'aura pas d'arrivée !

L'NK VOIX LOINTAINE

Grâce!

SNOTIRA

J'entends son cri !

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