‹ Les poésiesChapitre 4 sur 172 · ARIANE · texte numérisé non relu

ARIANE

Azur, neige, cinabre !

Splendeur et pur dessin

Du sein Dont la pointe se cabre I

Fureurs de Tastre ! essor Rouge dans la nuit noire;

O gloire Des chevelures d'or 1

14 PhiJoméla.

Aube immense des pôles !

Baiser torrentiel

Du ciel Sur les belles épaules!

Vague dispersion Des célestes fumées

Pâmées Dans les bras d'Ixion !

Candeur des citronnelles !

Mânes des lys défunts !

Parfums Des lampes éternelles !

Rhythme pompeux du v:rs !

Blanches apothéoses

Des choses Dans les soleils ouverts !

Déchirement des voiles, Et tout ce que l'orgueil

De rœil Cherche dans les étoiles,

Philomèla. 1 5

Les Dieux l'ont amassé Dans les bras d'Ariane,

Liane Où je suis enlacé !

Ariane, farouche Habitante des bois,

Je bois Les baumes de ta bouche !

C'est toi qui me conduis A travers l'épouvante

Vivante Des forêts et des nuits!

Les bêtes, dans nos courses.

Te suivent par convois ;

Ta voix Charme le cœur des ourses!

Les chats-tigres félons Baisent avec délices

Les lisses Rougeurs de tes talons !

i6 phi Ion tel a.

Tu courbes la panthère A subir comme moi

La loi Divine d'un mystère !

O reine enfant ! tu peux Interrompre d'un geste

La sieste Des grands lions pompeux

Et, caprices énormes, Rougir leur vaste flanc

" Du sang Des mûres ou des cormes,

Et mêler à foison

Leur crinière moins blonde

A Tonde Folle de ta toison,

Et bientôt sur les lierres Tassoupir à demi

Parmi Leurs troupes flimilières.

PhiîonUla, ly

Cependant que le feu De ta lèvre m'abreuve,

O veuve Adorable d*un Dieu !

Mais, enfant, puisque Tombre Des grands ravins te plaît,

Il est Une forêt plus sombre.

Ta nuque où Tastre luit N*a pas d*or sous le pe'gne

Qui teigne D'aurore cette nuit !

Solitudes funèbres Qjie roule vers l'enfer

La mer Houleuse des ténèbres !

Là, jamais, le sanglant Ëclair de Tescarboucle

Qpi boucle Ta ceinture ù ton flanc,

i8 Philoméîa.

Ki ton regard qui creuse, Comme un soleil, des trous

D'or roux Dans la nuit ténébreuse,

Ni tes lèvres en fleurs Ne pourraient faire luire

Le rire Éclatant des couleurs !

C'est rénorme broussaille Et l'antre et le ravin

Qu'en vain L'aube candide assaille.

C'est le goufi"re vainqueur Du ciel et le désastre

De l'astre, C'est mon cœur ! c'est mon cœur !

O détestable gîte

De monstres ! longs abois

Du bois Qu'un souffle impur agite !

PhihmèJa. ig

Dans les repaires noirs Où leur venin s*égoutte,

J'écoute Ramper mes désespoirs !

Mes remords, bctes mornes, Passent en défaillant,

Fouillant Leurs ventres de leurs cornes,

Et des singes poltrons A la paupière bleue

La queue S'enlace autour des troncs !

Amoureuse des roses Et des œillets jiaissants,

Descends Dans mon cœur, si tu l'oses,

Dans mon cœur dévasté, 0 vivante statue

Vêtue De ta seule beauté I

20 Philomèla.

Sois Tamour ! sois Taurore !

Perce, rayon d'azur,

Le mur De la nuit incolore !

Que sur l'ombre l'amour Éperdu se déploie

Et noie La haine dans le jour 1

Et les monstres infâmes Sentiront, sous tes yeux,

En eux Des édosions d'âmes I

Et, pareille au chasseur Qui rapporte avec joie

Sa proie, Ariane, ma sœur,

Des gouffres infertiles Quand tu remonteras,

Les bras Enlacés de reptiles,

Philomèla, ii

La troupe des amants Chantera sur Ti voire

La gloire Des sourires charmants,

Et, reine aux belles poses, On te verra, le soir,

T'asseoir Dans les apothéoses!

Tandis que, triomphant, Je baiserai tes roses

Décloses, O délicate enfant

Dont le rire m*accueille, La nuit, dans les massifs

Lasciis D'orne et de chèvrefeuille!

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