Y AMI
Les dix frères vaincront le mystique arani, Afin qu'au bleu retour des Aurores prospères Je puisse voir le fils auguste de mes pères S'allonger près de moi sur le gazon béni !
YAMA
Nombre cliétif épars dans l'infini des sommes, J'ai rendu mon essence au Nuage, au Soleil Mon regard, et je dors un ténébreux sommeil Loin de ta couche, ô toi qui vjux le mal des hommes !
YAMÎ
Tu sortiras plus clair de plus d'ombre, Yama, Car c'est en toi que l'Être auguste se recrée, Et l'amant glorieux de la Coupe sacrée Dans le céleste flanc des ondes te forma!
(>(> Pagodt.
YAMA
On a vu s*abîmcr les splendeurs éphémères Avec la troupe bleue et fauve des H a ris ; Sur les foyers obscurs, près des vases taris, Je suis né de ta mort, Agni, fils des deux mères!
Y A Ml
Les cavales d'Indra sY'lanccront encor ! L'une à Tautre, mêlons nos âmes, divin couple. Tu scmbleras, lié de m.i ceinture souple, Un bel arbre envahi par des lianes d'or.
YAMA
Les sept coursiers soumis i\ quatre jougs de flammes, Sans éclairer mon œil éblouiront le tien ; La liane aux fleurs d'or n'aura pas de soutien; Nous ne mêlerons pas, l'une ;\ l'autre, nos âmes.
YAMl
Quand nous dormions encore au ventre originel, L*aïeul parla. « Vêtus d'une splendeur égale, Soyez époux, dit-il. Que la sœur conjugale Sans fin demeure unie au mari fraternel ! »
Pagode. 67
YAMA
Qui Ta su? qui raffirme? Aucun ne peut connaître Son premier jour. Le ciel démesuré n'est pas Un champ d*orgc qu'on peut traverser en trois pas, Et nul ne sait où gît la source de son être.
YAMl
Cesse un discours amer. Ma main cherche ta main. Ranime d'un baiser la pâleur de mes joues, Et roulons doucement comme un char à deux roues Qui se livre à la pente heureuse du chemin.
YAMA
Je ne b.iiserai point le jasmin de tes joues Ni ta bouche pareille à la fleur des âmras ; Sous la tète d'un autre époux glisse ton bras, Et roulez doucement comme un char à deux roues.
YAMl
Qpe deviendra l'amie, hélas! loin de l'ami, Et qu'est-ce qu'une sœur de son frère sevrée ? L'âme veuve succombe, à Nirriii livrée; Sans l'amour d'Yama, c'en est fait d'Yamî !
68 Piïgo.h.
YAMA
Meurs donc, et laisse- moi, femelle aux bras avides, Sous le ciel à jamais dépourvu de matins Qiie hantent les Dévas tristes des Feux éteints, M'cxhaler sans retour en des ombres livides!
lî
HYMNE A KAMADÉVA
Vent, flèche, oiseau, tu passes A travers les espaces Où le jour s'alluma, Brillant Kâma !
L'ombre diminuée Voit flotter la nuée De tes parfums ravis Aux madhavîs.
70 Piigoïk.
Ton étendard circule Parmi le crépuscule lit dans son blanc frisson Porte un poisson.
A ta cheville teinte De laque un anneau tinte, Imitant, pur métal, Le son du tal.
Sur ton dos d'émeraude, Vibre un carquois où rôde L'haleine des cinq Fleurs, Mères des pleurs.
Ces flèches toujours sûres Méditent des blessures Que nul, ô fier Çmarn, N'évitera,
Et ton bras vert balance.
Comme Kâla sa lance Et Roudra son trident.
Un arc strident !
Pagode. 7 1
Tout s'effare et s'éveille :
Une flamme, ô merveille !
Pénètre les Açvvins, Frères divins.
Battant l'air de la queue, Dans la lumière bleue Les vaches ont des bonds Plus vagabonds.
L'Himalaya tressaille ; Du chêne à la broussaille Circule un feu secret Dans la forêt.
Sous l'ânira qui distille Une liqueur subtile Et descend vers le sol En parasol.
La branche refleurie Du manguier se marie Aux rameaux délicats Des malicâs,
Pagode.
Et, mourante femelle,
Aspirant Tair que mêle
Aux senteurs du matin
L'époux lointain,
L'onduleusc antilope Rampe et se développe En un long bâillement D'énen'ement!
Pris de chaudes démences.
Les éléphants immenses S'emportent i\ travers Les rotangs verts.
Bleus Tiriluis, mers sauvages, Qii'ils sont loin, vos rivages Sans cesse caressés De flots glacés!
Le vent âpre des flèches Gerce les trompes sèches Et fait claquer la peau Du noir troupeau.
Pago.k. 73
Sur les collines chères A Kriçhna, les vachères Baisent éperdûment L'auguste amant.
Seins dressés, cuisses nues, Elles jettent aux nues, A la cime, au ravin, Ce chant diviil :
« Ananga, dieu vorace Qui n:orJs au cœur la race Des antiques Manous, Déchire-nous !
Tes flèches parfumées Dispersent les armées Des héros qu'engendra L'astre Tchandra!
Tu corromps, ô Dieu jeune, L'austérité du jeûne Par où les Maharchis Sont affranchis !
74 PugoJi'.
Les vierges qu*ont surprises Tes chaleureuses brises Défaillent dans les bras Des vils Coudras;
Comme de belles tentes Sous le vent palpitantes S*enflcnt leurs jeunes seins De perles ceints ;
Et, l'œil clos d'une larme, Les épouses qu'alarme Un rêve hasardeux, Vont, deux à deux,
Vers le bassin de marbre Endormi sous pn arbre Où les aras siffleurs Mordent les fleurs,
Et deux ù deux coucliées , PâleSj sur des jonchées De roses kadambas»
Se parlent bas 1 »
Pui^'ode. 75
Ainsi chante la foule Des vachères qui foule El ravit de ses jeux Les pics neigeux.
A leur voix, sous Taustcrc Figuier, le Solitaire Sent revivre son cœur Et dit : « Vainqueur
Des voluptés immondes, Hari, dieu des trois Mondes, Confonds les attentats Des noirs Bhoutas,
Et défends que je rêve A quelque enfant qui lève, Pour passer le flot bleu, Sa robe un peu... v
Mais en vain. Kâma verse Une langueur perverse Dans le sein palpitant Du pénitent.
'j(y Pcgoh.
Désormais sur le livre Auguste qui délivre L'image dansera D'une Apçara
Demi-nue, en délire, Ouvrant, noir de collyre, Le lotus de ses yeux Fallacieux,
Et, selon la cadence De Tonduleuse danse Qui fait tinter sans fin L'anneau d'or fin,
Montrant sa gorge blonde Ou la cachant sous l'onde De ses cheveux épars De toutes parts !
Cependant, vers le faîte A la splendeur parfaite, Ki\ma suit son chemin, L'arc à la main î
Pagode, 77
Dans la pure lumière Où la Cause première Revêt le flamboiment Du diamant,
Parmi des harmonies Où les voix sont unies Des cygnes aux beaux cous Et des coucous,
L'arc sans miséricorde Fait crépiter sa corde Pareille au frisson clair D*un prompt éclair,
Et Lakçhmî que décore Le pur éclat encore De la vague de lait Qiii la roulait.
Cédant à la mollesse De son désir, se laisse Tomber sur le genou Du noir Viçhnou,
/S Pagode.
Et des pleurs de délice Mouillent le bleu calice De son œil immortel Ceint de béiel !
TABLE
Pantéleïa :
Des murmures lointains s*élèvent des rivages 7
Cypris, fîlle de Tonde, adorable cliimcrc 11
Pantéleïa, flocon d'azur, je vous salue. 16
Le grand lion disait : u Vois, tes cheveux sont blonds » 21
Ce fut tout et la nuit redevint solitaire 26
Sérénades :
Prélude 31