LA MAUVAISE RÉPONSE
Le tentateur obscur de nos esprits malades, Monstre toujours présent, quoique invisible aux yeux. N'est pas un compagnon facile ni joyeux, Et ce n'est pas le diable amusant des ballades.
Il répugne au sourire et se dérobe au jour ; Bien qu'il ait acheté notre âme et la possède. Le pacte qui nous lie à lui ne nous concède Ni le trône, ni l'or, ni l'espoir, ni l'amour.
Soirs morose:. ix
Nul vin ne sort, malgré notre soif haletante, De la table de bois que Méphisto trouait, Et Marguerite hélas ! en tournant son rouet, Ne pleure pas pour nous les larmes de l'attente.
Il est le conseiller des lâches lendemains, L*assassin de la foi, l'instigateur des doutes; Au sombre carrefour d'où partent trop de routes Il se dresse, poteau des funestes chemins.
Combien d'hommes, par lui, dans les rocs, dans les ronces, Cheminent sous des cieux d'astres noirs constellés ! Et ceux qui vont pleurant ne sont pas consolés. Car il est le donneur de mauvaises réponses.
« O maître, que ton joug est pesant ! disent-ils,
< Q^i'ils sont nombreux et durS) les cailloux de ta voie 1
« Nous avons fait le mal pour connaître la joie ;
« Ne méritons-nous pas d'être heureux^ étant vils ?
« Parle ! quel vice encor nous manque, ou quelle honte ?
< Si nul vers toi ne dresse un bras ensanglanté,
i< C'est que le crime est moins bas que la lâcheté ;
<t Mais toi, tu n'as rien fait pour balancer le comptei
i6 Soirs morosfs.
« Abjects, conspués, seuls, car nul ne nous parla, « Nous sommes Tépouvante exécrable des races; « Les vieillards attentifs, qui détestent nos traces, « Disent aux jeunes gens : Ne passez pas par là !
« Et déjà s'ouvre, horreur! Tabime expiatoire... « D'autres hommes, pourtant, satisfaits et bénis, « Par des chemins de fleurs heureuses et de nids « Vers les paradis bleus montent, vêtus de gloire ! »
Ainsi parlent du fond de la chute et du deuil Les damnés. Oh ! quel deuil et quelle chute sombre ! Mais lui : a Lâches ingrats, qu'épouvante un peu d'ombre, « Dieu vous offrait le Ciel, je vous donnai l'Orgueil ! »