LA BONNE RÉPONSE
€ Entre ! » dit Texccrable Prince.
La nuit grossissante montait Les marches des autels ; c'était Dans une église de province.
Une nonne, sous Tostensoir De la plus petite chapelle, Bas, lentement, comme on épcllc, Disait les prières du soir.
24 Soirs moroses.
Son visage, quoique très jeune, Avait le ton d*ivoire éteint Que donnent quelquefois au teint L'appétit mystique et le jeûne.
Un instinct de vivre à l'écart Effarait tout ce corps de vierge ; La clarté dolente d'un cierge Était la sœur de son regard.
Or, le Compagnon traître et louche Me dit : c Parle 1 » Je me roidis.
< Non I » criai-je. Mais j'entendis Q.u*il parlait déjà par ma bouche.
« Vivre est doux. Le cloître est hideux.
« Son espoir, la mort le déjoue.
« Aime, ris ! on a sur la joue
c Les roses que Ton cueille à deux.
« Lorsque l'étincelle amortie « Dans tes yeux se rallumera, « Toi qui priais, on te prira, (c Et ton baiser sera l'hostie.
Soirs moroses, 2$
« Aime, chante ! elle dure peu, « L'heure douce qui nous convie.
« Deux ou trois printemps, c'est la vie ; « Puis tu mourras, comme ton Dieu.
c Bien vainement tu te macères
« Pour le mystique fiancé :
< L*Ascension du Trépassé
« N'eut que des témoins peu sincères ;
<( Son linceul était bien cousu, < Et ta foi, qui bénit l'épreuve, « S'abuse, ô vierge à januis veuve « De l'époux que tu n'as pas eu I
« Le vrai ciel n'a que des étoiles c( Qpi s'éteignent complaisamment ft Quand se noue au cou de l'amant « Le collier de deux bras sans voiles;
« Et les forêts où nous passions c De nos chairs nourriront leurs arbres... « Car le poids funèbre des marbres (( S'oppose aux résurrections. »
26 Soirs moroses.
Je parlais. L*église était noire.
La jeune femme en oraison Me dit : « Vous avez bien raison ; « Mais, le paradis, c'est d'y croire. «
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