‹ Les poésiesChapitre 76 sur 172 · ÉGLOGUE ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

ÉGLOGUE ANGÉLIQUE

ASIEL

Tandis qu'en la musique éparse du cinnor Nous passons, longue troupe ailée, aux robes d'or, Dans la rose nuée oii vont tes ailes^ rose Étiniah ?

ETIN'IAH

La route est longue et d*ombrcs close

Soirs utoroses.

Qpi mène vers le but qui m'attire.

ASIBL

Ton vol Chante comme la voix triste du rossignol Qpi pleurait autrefois sous les cèdres des temples. Où va-t-il ?

ËTINIAII

Asicl ! Asiel ! qui contemples La parfaite splendeur de Thymen infini ! Ne sais-tu pas qu'un ange adorable est banni ; QjLi'il a redescendu les échelons sans nombre (Car il est un chemin qui va du jour à l'ombre, Plus noir à chaque pas ou plus éblouissant Selon que notre pied le monte ou le descend), Et que, privé du nom céleste dont le nomme Encor l'écho, plus qu'un démon, mais moins qu'un homme, Hélial, au-dessous des nuages rosés Et pâles, où ses pieds vermeils s'étaient posés. Frôle, déchu, la Terre aux saisons condamnée, Et gémit, souffle épars dans l'automne fanée : <( Roses mourantes, lys penchés, bleuets éteints. Esprits ! reverrons-nous les éternels matins ? »

66 Soirs moroses.

ASIEL

Certes, tu maudiras réternité des heures,

Dolente Étiniah qui t'inclines et pleures

Vers la Terre bornée à de brèves saisons ;

Mais quel crime, car nul n'est puni sans raisons,

A fait déchoir, d'un pur brasier scindant les flammes.

Celle qui t'est la plus chère de tes deux âmes?

ETINIAH

Dès le commencement je l'aimai ! car Celui

Qpi voit l'isolement d'un ange avec ennui

Et sourit à l'hymen des âmes enlacées,

Nous avait dit : « Allez, vous êtes fiancées,

Jeunes âmes ! » Sur terre, où j'ai pleuré longtemps,

Je l'aimai, due les cœurs humains sont peu constants I

Il riait, infidèle, aux bras d'une autre épouse.

J'étais femme, j'étais belle, je fus jalouse,

Et je mourus, farouche, en détestant l'amour.

Le temps est infini, duand je revis le jour,

Ayant dans un corps vil pour geôlier mon blasphème,

Je l'aimai sans pouvoir dire ces mots : « Je t'aime ! »

Car j'étais l'humble chien de garde sur le seuil

Du logis où sa joie assombrissait mon deuil.

Et, morne, je voyais entrer la préférée,

Femme, belle, et les yeux riant d'être adorée ;

Soirs ntoroses, 67

Mais je fus très heureuse un jour qu'il me battit !

Cependant, vers les cicux primitifs, il partit,

Et Tâme du chien mort suivait Tâme du maitre.

O douceur d'être purs et de se reconnaître.

Et, quoique épars, liés indissolublement

Par l'éternel amour dans l'étemel moment.

De s'épanouir, fleur à la double corolle.

Et de n'avoir, étant deux voix, qu'une parole,

Et de n'avoir qu'un seul regard, étant deux yeux.

Dans la clarté du vaste azur délicieux

D'où nous voyons, si loin, si bas, sous tant de voiles.

Frémir, comme des points ténébreux, les étoiles !

Mais celle qui lui plut, hélas ! dans les séjours

D'exil où les nuits sont plus longues que les jours,

Ame aussi, rayonna dans la claire demeure.

Il la vit, — ah ! le sort défend qu'un ange meure,

Puisque je souffre encore, Asiel ! — et Celui

Pour qui l'isolement d'un cœur est un ennui.

Détournant du pécheur ses sublimes prunelles :

« Puisque tu romps l'accord des amours étemelles.

Dit -il avec tristesse, et des pactes conclus.

Va I retombe! » Hélial partit. Le ciel n'est plus.

ASIEL

Hélial est tombé très justement des gloires Célestes dans la nuit des maux expiatoires ;

Soirs vioroscs.

Et tu dois le haïr, bien que haïr soit dur. Cependant vers quels deux fuit ton aile d*azur Où l'on voit je ne sais quel soir «étrange poindre?

liTIXIAH

Le haïr? Je l'adore, et je vais le rejoindre!

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