‹ Les poésiesChapitre 8 sur 172 · PUDOR · texte numérisé non relu

PUDOR

Tu ne parleras pas, ô mon âme inquiète !

Rien ne révélera ton mal intérieur :

Pas de sanglots humains dans le chant du poète.

D'autres accepteront ce rôle inférieur ;

A défaut de vertu j'ai la pudeur des larmes

Et veux grincer des dents sous un masque rieur.

M Philomêhi.

Rien ne dira parmi les stances de mes carmes Les fruits amers sucés, les noirs calices bus, Et mes sommeils hantés de funèbres alarmes,

Et mes rêves épris d'erotiques abus,

Ma belle soif de neige idéale, et ma haine

Pour les vulgaires cœurs affamés de rebuts !

Nul ne descend que moi dans l'horrible Géhenne Où mes vieux désespoirs se plaignent sourdement ; Seul je connais ma faute et seul j'en sais la peine.

Si je mettais en vers mon infernal tourment, Comme un habit de nain qu'endosse une géante La strophe craquerait épouvantablemcnt.

J'offre une autre pâture à la foule béante Et laisse dans mon cœur de rapsode forain Régner lugubrement la douleur fainéante.

Lyres et flageolets ! Racine et Tabarin !

Mes vers énamourés d'enchantements féeriques

S'envolent emportés d'un souffle zéphirin I

Phihméh. 55

Je fais dialoguer dans les nuits chimériques, Sous la lune, à travers le silence des bois, Les poètes épris et les vierges lyriques !

Parmi les doux concerts de Rùte et de hautbois Les hanches de ma mie ont marqué la cadence ; Canidia se mire à la source où je bois.

Et là-bas, ivrc-niorts, parmi la foule dense. Les filles en délire et les ribauds damnés Exécutent dans Tombre une effroyable danse !

Célimène aux cheveux bellement atournés, Avec les rimes d*or. Muse, lorsque tu jongles, Nul ne sait (hors Tenfant qui nous a devinés!)

Que le sang de ma chair rougit encor mes ongles !

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