‹ Les poésiesChapitre 85 sur 172 · LE CONSEIL DU SOFI · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DU SOFI

Fils de pères mortels, marcheur aux courses brèves, Conçois la vanité du fait et du dessein ; Chaque goutte du sang qui pleure dans ton sein Est la bulle crevée, homme ! d*un de tes rêves.

Que l'immobilité t'accoutume au trépas, Puisqu'enfîn dans un sol aux sèves épuisées Tu sèmes vainement, de sueurs arrosées^ Les actions, ces grains qui ne germeront pas.

82 Soirs morosfs.

En repos, puisque l'œuvre est stérile, en silence. Puisque le plus haut bruit n'a qu'un furtif moment. Apprends à contempler l'abîme fixement De l'immense repos et du silence immense.

Avec tout ce qui pense et vit, romps tous accords : Ne mange ni ne bois, car le jeûne délie ; Ignorant, n'apprends rien ; si tu savais, oublie ; Méprisant ton esprit d l'égal de ton corps.

Que tout ton être, hors des modes et des formes, Vers l'absolu converge en un parfait effort ; Et que tes yeux soient clos comme les yeux d'un mort. De sorte que, veillant, il semble que tu dormes.

Sans maison ni foyçr> sans souvenirs nivoîu:?^,. Subis, inerte, l'ombje et l'hiver, et k pluie, Et l'âpre vent qui,, seul» en les tordant^.essuie, . Sur ta face qu'il cingle et gerce, tes cheveux 1

N'écarte pas l'hyèije ou l'onçjî.qui se .vautre ... Sur un lambeau de chair à .tçs flancs arraché ; . . , Q.ue du sinistre piseai; sur ta.t^tç perché Le bec te crève un œil sans te faire ouvrir l'autre.

Soirs moroses, 85

Buvant le vin de rpejLiyr^;ei;^,ce$. çoupçsi.d'prit^WC') Qu'ils appellent, puissance, ihonqeyrSrf (gloires» oqçq^èteSv Triomphent dat^^Jes (;)iafnps,^QiÛll.^ d'horr})>Ies f|&^Sn/. Les rouges moissonneurs dont un glaive est la faux.

D'autres hommes, au vent qui eonile les voilurçs,

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A la source, à l'oiseau, disent : Chante avec nou^ 1 Ivres d'avoir vaincu, sous la lune, â gei;oux^ . L'effroi des jeunes seins t)aignés de chevelures I

Quelques-uns sont pieux, doux, humbles à l'affront. Charitables. Les dieux comblent leurs espérances. Mais tous, esprits liés encore aux apparences, N'ayant pas dédaigné de vivre, revivront.

Ressaisis par le temps, m^ule aux rudes rouages. Sans halte et dans la peur des incessants retours, Ils tourneront, broyés sous les destins toujours. D'être en être, de lieux en lieux, d'âges en âges 1

O lassitude enfin de voir encor les cicux I Le roi, de qui l'orgueil en la pourpre défaille, N'envira plus l'amant désabusé qui bâille Dans le perfide lit des femmes aux beaux yeux I

34 Soirs moroses.

Sois rimmobile roc où les vents et les tieuves Se brisent et d'où nul écho ne leur répond ; Car le renoncement total est le seul pont Par lequel soit franchi le torrent des épreuves.

Et bientôt, à la source unique retourné, Où le néant avec soi-même communie, Tu participeras à la paix infinie.

Délivré de renaitre et n'étant jamais né.

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