D'UN HANNETON
'ou sors-tu, bon camarade?
De la terre, c'est certain.
Plus tard, d'un chêne hautain Tu choiras dans la salade.
Je suis aise de te voir.
J'aime ta lourde mimique.
Gauclie et lent à te mouvoir.
Tu confines au comique.
Ton habit propre et marron.
D'un beau marron de finance, Te donne l'air d'un baron, Riche, sans impertinence
l88 LA VIE ET LA MORT d'uN HANNETON
Je crois que des plans confus Se disputent dans ta tête.
On dit, quand ton pas s'arrête, Que tu comptes tes écus,
O la naïve légende 1 Ainsi me sont expliqués Dans ta pesanteur si grande Tes efforts si compliqués
Et les graves tentatives Que, pour prendre ton essor, Font tes sacoches rétives, O comptable chargé d'or !
D'abord, comme un parapluie.
Tes larges basques — décor — S'ouvrent, laissant de ton corps Paraître l'anatomie.
De ton hésitation
Nous suivons toutes les phases
LA VIE ET LA MORT d'uN HANNETON 189
Et la palpitation
De tes transparentes gazes.
A quoi bon tant de façon?
Pourquoi cette âme indécise?
Vas- tu t'en voler? — Oui. — Non.
— Non. — La partie est remise.
Tu voudrais, tu ne peux pas,
Ou tu ne veux pas. Mystère !
Un souffle inconnu d'en bas
Semble te clouer à terre.
r C'est en vain que les marmots
T'excitent par la parole,
En criant : « Hanneton, vole ! »
Tu restes sourd à leurs mots.
Ils jurent tous par saint George, En te menaçant du poing, Qu'ils te couperont la gorge...
Hanneton ne vole point.