‹ Les poésies complètes de Charles Monselet (volume 2)Chapitre 69 sur 95 · ENCORE MONACO · texte numérisé non relu

ENCORE MONACO

Monaco Ton chasse et Ton déchasse.

Point n'est besoin pour cette chasse-là De cors sonnant et de limiers de race.

On y va seul, tout comme me voilà.

Et cependant, en Inde ou dans la Thracc, Dans les halliers qu'on n'ose traverser, Oncqucs ne vis animal plus vorace Q}iQ l'animal que Ton y vient forcer.

A Monaco l'on chasse et l'on dcchassc.

Cet animal à la triple cuirasse, Qjji sait braver et le plomb et l'épieu ; Sirène, sphinx, méduse à l'œil qui glace, Monstre charmant dont on a fait un dieu,

242 PETITS VOYAGliS

C'est la Fortune ! Espérance ou menace !

Elle a placé son trône dans ce lieu.

Pour la dompter, l'or de Richard Wallace Et des Rothschild serait encor trop peu.

A Monaco Ton chasse et Ton déchasse.

Mais elle est femme avant tout, et se passe Plus d'un caprice étonnant ou moqueur.

Maint beau garçon, ne payant que d'audace, Est, pour un $oir, devenu $Qn vainqueur, Mais moi qui perds et qui fais la grimace»

Ayant trop mis sur les « six du milieu, »

Pour prendre l'air je vais sur la terrasse.

L'air I voilà tout ce que j'ai pris au jeu.

A Monaco Ton chasse et l'on déchasse*

Malaga débarqué

Depuis moins d'une semaine, Mon cœur, mon cêâUr âttâqtlé Court déjà la prétentaine.

J'avais douté de Monpou, Et, froid comme une banquise.

Nié la brune marquise D'Araaëgui. J'étais fou.

La mantille, l'œil qui flambe^ L'éventail, le falbala, C'était donc vrai, tout cela, — Jusqu'au poignard à la jambe !

Elles sont deux sœurs ici, Qj:i*il faut aimer ou maudire ; J*irai même jusqu'à dire (Qu'elles sentent le roussi.

J'userais trente guitares A célébrer leurs appas :

Leurs dents sont des perles rares ; Leurs dis n'en finissent pas.

L'épithète de gentilles N'est point celle qu'il leur faut.

Ni femmes ni jeunes filles :

Espagnoles ! c'est le mot.

Où les ai-je rencontrées?

A l'Alameda, pafbleu ! Par une de ces soirées Langoureuses sur fond bleu.

Une odeur de sortilège Sur-le-champ me subjugua.

A présent, ô Malaga,

De tes murs quand sortirai-je ?

Le matin, j'essaie en vain De répandre sur ma flamme Un vin! un vin noiri! un vin!!!

Toujours brûle ma pauvre âme.

Combien de temps durera Ce déplorable incendie ?

A vos pieds je psalmodie.

Mon Inez 1 ma Juana !

Donc, le matin à la cave.

Le soir à TAlameda ; Écris-moi, mon cher Gustave :

(( Cœur restant, à Malaga. »

CHRONIQUE DE LA MER

CHRONIQUE DE LA MER

Page 1