LA LEÇON DE FLUTE
'ÉTAIS resté longtemps les yeux sur un tableau Où j'avais retrouvé Théocrite et Belleau, Fraîche idylle aux bosquets de Sicile ravie, Ayant bu la lumière et respiré la vie. Ce tableau représente, en un verger sacré, Un vieux pâtre taillant une flûte, entouré D'un beau groupe d'enfants aux têtes attentives, Qui se pressent, muets, dans des poses naïves. Et, parmi ces enfants, que l'art déjà soumet,' Un surtout, sérieux et bouclé, me charmait.
Je m'étais éloigné de cette aimable toile,
Et je vo\-ais tcnijours renfnnt aux \-eux d'étoile;
Et je me surprenais, en marchant, à songer : « Je veux dire à mes fils les leçqns du berger, « Leur tailler des pipeaux, et leur fltire comprendre « A quel point l'art est doux, consolateur et tendre ! »
Je raisonnais ainsi, quand soudain, au détour D'une place, je vis dans le fond d'une cour Un homme pâle, usé, front courbé par la lutte. Il tenait aussi, lui, dans ses doigts une flûte; Ht son chapeau fimgeux, sur le pavé placé, Dénonçait la misère et l'orgueil terrassé. Or, je ne sais par quel sortilège exécrable, Dans cet homme flétri, dégradé, lamentable. Je rcvovais reniant du tableau contemplé. Les traits purs de l'enfant sérieux et bouclé. — Ainsi fait le hasard en ses jours d'ironie. — Je m'enfuis, inclinant ma tête rembrunie.
O musique 1 ô tableaux ! ô Sicile! ô verger !
Mes fils ignoreront les leçons du berger.
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