CONTE DE CARNAVAL
Après un bout de résistance,
— Juste ce qu'on doit à qui plaît, —
La belle, abrégeant la distance,
Lui dit : « Rattachez-moi mon plaid. »
Los voici tous deux tète à tète
Dans un cabinet, chez. Verdier.
Le Pierrot, fier de sa conquête,
Déjà se sent irradier.
Sur la nappe aux effluves blanches
Il se couche, souple et fluet,
Et son bras dans ses longues manches
Exécute le moulinet.
Bientôt les plais aux plats succèdent ; Lesquels, je ne sais; les meilleurs !
Où sont les vertus qui ne cèdent Devant la tiuire et les primeurs?
Le Pierrot avait le vin lendre; 11 veut se jeter ."i [genoux.
Mais l'Écossaise, sans l'entendre, Dem;inde : « ■ Qi;el .\i;e ave/-vous? »
CONTE DE CARN'AVAL l6l
« — Q.UC t'importe, reine des brunes, Pourquoi me railler, farfadet?
J'ai vingt-deux ans, viennent les prunes, Les prunes d'Alphonse Daudet, Laisse là tes mines hautaines, Et viens, papillon voltigeant, Jusqu'au jour noyer tes antennes Dans le Champagne tapageant !
« Buvons ! à toi, fille d'Ecosse !
Vierge rayée, à tes appas !
Cesse de me trouver précoce, Héritière des Mac' Douglas !
C'est toi que mon œil dans ses rêves Cherchait du haut des belvéders.
Dame du lac ou fée aux grèves.
Descendante des highlanders ! »
Et c'étaient des chants et des rires.
Des grimaces, des bonds de faon, Des Hê, Lamhert! mille délires; Il était bien gai, cet enfant.
102 CONTi: DE CARNAVAL
« Aimons-nous, iiurlait-il, moqueuse!
Je l'ai juré, tu m'aimeras l »
L'Ecossaise, silencieuse.
Buvait, et ne répondait pas.
Le Champagne, ardente marée.
Montait toujours (style Ambigu); Et déjà sa vague dorée Roulait le Pierrot éperdu.
•■ Encore un verre ! à toi, mauvaise ! » Soudain, comme par un ressort, Il retomba lourd sur sa chaise.
Le Pierrot était ivre-mort.
« T'aimer? cervelle extravagante! « Longtemps rêveuse elle resta.
Puis, sa main fine qu'elle gante Vers la sonnette se porta.
« Six heures! il faut que je parte!
Couchez monsieur sur le divan ; Cherchez sous sa veste une carte; RanienC7.-le chez sa maman. »