‹ Les poésies complètes de Charles Monselet (volume 3)Chapitre 45 sur 102 · MARIVAUX A LA BARRIERE · texte numérisé non relu

MARIVAUX A LA BARRIERE

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'oRSQu'iL fallut dîner dans cette auberge atroce, Le front de mon ami se rembrunit soudain. On mit notre couvert dans le fond du jardin, Près d'un jeu de tonneau disloqué. Quelle noce !

Le potage manqua complètement d'attrait :

Un lac d'une blondeur terne. — Rempli d'alarmes,

Mon ami s'écria : « Quel bouillon ! il faudrait,

Pour lui percer les yeux, un fameux maître â'armes ! »

Je ne l'écoutais pas ; mon caprice suivait La fillette au jupon rayé qui nous servait ; Opulente beauté, — seize ans. et du corsao'e !

MARIVAUX A LA BARRILRK

Et j'allais, rcpctant : « Vois donc quels veux, mon cher! »

Lui, tout à son idée, et d'un accent amer:

(( Que n'a-t-elle jeté ses yeux dans le potage ! »

POETE FAMELIQUE

u gai roman de ma jeunesse J'ai fait une corne ce soir.

Je te ferme, car il flùt noir.

Petit livre si plein d'ivresse !

Adieu chansons ! tout est fini ; Faisons place à la politique.

Qu'importe à la chose publique Où nous suspendions notre nid ?

P O E T \L 1- A M li L IQ.U E

Nos phrases ne sont que sornettes.

L'heure est venue où les poètes Ne seront pas mieux regardés Que brctteurs ou pipeurs de dés.

Le monde, saturé de fables, Délaisse, à l'égal du sanscrit.

Les feuillets où ces pauvres diables Mettent leur cœur et leur esprit.

Secs comme d'anciens télégraphes, Sous les balcons errants et bas, On vide sur eux des... carafes, Comme aux soupirants dans Cil Blas.

POÈTE FAMÉLIQ.UE 167

Que le ciel ne m'a-t-il fait naître Comme ce bourgeois gras et blond, Si bien mis et si content d'être Qu'il n'en demande pas plus long 1

Qii'ai-je fait à la Providence Pour n'être pas tout simplement Homme de peine et de silence, Pêcheur breton, meunier normand ?

Surnuméraire à la marine, Propre et luisant comme un sou neuf, Avec des manclies en lustrine, Pour ne pas user mou clbcuf?

l68 POKTE 1- AMLLIQ.LI:

Officier de cavalerie, Jouant au billard chaque soir, Et faisant une cour fleurie Aux demoiselles de comptoir?

Ou boutiquier dans ma boutique, Marié, courtois, matinal, Attendant venir la pratique, Tout en dégustant mon journal?

POÈTE l-AMÉLiat'E 169

Vivre, eh ! Dieu ! la belle merveille ! Morne chanson, morne refrain !

Ce qu'on m'a vu fliire la veille, Je le ferai le lendemain ;

Et sans relâche, ombre légère.

J'arpenterai les boulevards, Et la même cité Bergère, Avec le même pont des Arts.

Au matin, la même paresse Chaque jour me réveillera ; Et, le soir, la même maîtresse Sur sa gorge me vieillira.

p o j: t i-. r A M É L I au ]■

Mon cœur, triste petite bête, Ne battra plus que quelquefois, Et clans dix nns ma pauvre tcte....

Mais où sont les nymphes des bois?

Car, grâce au public insensible, Pour nous, vainement révoltés, La lutte se fait impossible Avec les faiseurs effrontés.

Ah ! race de marchands du temple, Mais du Temple abject de Paris, î< Qifun de vous se lève et contemple Notre légion d'appauvris !

Nos poèmes, qui trop tard régnent, Veulent un rude enfantement, Car nos flancs sont des flancs qui saignent. Toute ode suppose un tourment.

l:h bien ! donc, tombons sans murmure, Tombons comme des orgueilleux !

La conscience, c'est l'armure Des poêles, ces derniers preux!

POÈTE FAMÉLIQ.Un 171

Et vers la rivière voisine, La cravate un peu de côté, Le rimeur maigre s'achemine Pour prendre un bain d'éternité ;

Léguant, entre autres paperasses, Son poème à'Oniiphrius, Ecrit pour les futurs Parnasscs, A l'éditeur Sartorius.

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