‹ Les poésies complètes de Charles MonseletChapitre 12 sur 179 · PAR LA POSTE · texte numérisé non relu

PAR LA POSTE

Là-bas où je m'en vais la lutte sera forte; Chaque jour se succède amenant son danger; Et quand je reviendrai frapper à votre porte, Peut-être direz-vous : « Quel est cet étranger ? »

La vie aura sur moi laissé tomber sa neige; Mon œil aura perdu de sa jeune clarté. Qu'aura-t-on fait de moi dans dix ans? Que serai-je? Rêveur, rimeur, — ainsi que j'ai toujours été.

Alors, au souvenir de bien des choses folles. Mélancoliquement tous deux nous sourirons, Et tous les deux aussi nous nous rappellerons Des lambeaux de jeunesse et de vagues paroles.

Sf j'allais affecter un visage moqueur, N'y croyez pas au moins; la paupière mouillée Trahira sûrement quelque larme oubliée, Larme lente à tarir et qui monte du cœur!

Vous, demeurée au seuil, toujours simple et fidèle. Je vous retrouverai, pauvre front incliné. Auprès de votre fille, à treize ans déjà belle, Qui lèvera sur moi son regard étonné.

Et si cet ange brun que votre lèvre effleure Vient à vous demander, rougissante à demi : « Quel est donc ce monsieur qui sourit et qui pleure ? » En la baisant au front, dites : « C'est un ami. »

Et vous aurez dit vrai. Depuis bien des années, J'ai suivi pas à pas vos jeunes destinées;

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