DUMAS DE LA PAILLETERIE
Monsieur de Scudéry ne se contente pas D'écrire des romans dont on fait un grand cas, Mais il en joue encore avec quelque avantage, Dont la ville et la cour s'amusent davantage. C'est un bouffon charmant, d'esprit napolitain, Fameux dans le tragi-comique, un Mezzetin, Qui tient de ses héros l'amour de l'équipée, La verve d'Italie et les grands coups d'épée. Et qui, lorsqu'il se trouve à court de ducatons, S'exploite galamment lui-môme en feuilletons.
L'an dernier, — par exemple, — un matin qu'à sa vitre Il parcourait de l'œil, chapitre par chapitre, L'été qui flamboyait, l'été blond et vermeil, — Radieux feuilleton signé par le soleil! — Comme Sterne, l'esprit rêvant à l'aventure, Il se mit en campagne et partit en voiture. Au retour, longuement, il nous raconta tout; Aimez-vous les brigands? Il en fourrait partout. Heureux homme! — Ce fut un merveilleux voyage : Il vit Châtellerault, Pampelune et le Tage.
Eh! monseigneur l'auteur d'Alaric, — écoutez :
Votre génie est grand; et, par bien des côtés,
Même sous le boisseau grossier qui le recèle,
Votre cœur encor chaud garde quelque étincelle.
Au fond de ces feuillets dispersés, qu'aux bourgeois
Vous jetez chaque jour, — on ramasse parfois
Une noble pensée, une image splendide!
Mais ce louis d'or tombé vous laisse plus sordide.
Et moi qui, si puissant autrefois vous révais.
Je vous le dis, monsieur, c'est un métier mauvais*
DUMAS DE I.A l'AU.I.ETERIE b<)
Il faut qu'on vous ait peint sans doute le poète
Comme l'homme du bruit, du luxe, de la fête.
Le convive oblige de l'orgie et du bal,
Comme un masque pour qui c'est toujours carnaval.
— C'est cela, n'est-ce pas? — On vous aura fait croire Que c'était bon à lui de jouer et de boire ;
Et l'on vous aura dit, alors que vous aviez "
Les coudes sur la table, un soir que vous rêviez :
— Ecris, écris, enfant î afin de pouvoir prendre Bientôt ta large part des voluptés à vendre !
Cette part, vous l'avez prise. Soyez content.
Mais ne demandez pas le respect éclatant.
La jeunesse qui vient et s'éclaire en silence
Ne vous a jamais dû rien — que son indigence.
Il se peut qu'elle soit (vous le dites tout bas)
Impuissante, peut-être, — imbécile, non pas!
Elle vous voit finir, vous qui la voyez poindre;
Elle sait que demain votre nom va rejoindre
Ces autres vieux grands noms : — Hélas ! qu'en reste- t-il ?
Arnaud de Baculard et Ducray-Durainil.
Non, la muse n'est pas ce que vous l'avez faite;
J'en réponds. Dans le fond c'est une fille honnête.
Quitte, ma pauvre enfant, tes falbalas souillés,
Princesse de la rue en escarpins mouillés;
Ne fais pas plus longtemps métier de courtisane,
C'est un métier honteux où toute âme se fane ;
Et, pour un peu d'argent dans le creux de ta main.
Un ruban dont le ciel déjeunera demain,
Des gazes, un collier, moins encore, — que sais-je?
Ne livre pas à tous tes deux beaux seins de neige !