‹ Les poésies complètes de Charles MonseletChapitre 171 sur 179 · AU PETIT FILS DE M. ERNEST LEGOUVK · texte numérisé non relu

AU PETIT FILS DE M. ERNEST LEGOUVK

Quand tu seras grand, on viendra te dire Que les gazetiers sont tous des méchants, Parce qu'un d'entre eux, ardent à médire, A de ton aïeul persiHé les chants.

On ajoutera : « Ces gens n'ont point d'atres Où sécher leurs mains, où chauffer leur cœur Ils sont mal vêtus, hargneux et verdàtres. Tout impuissant est doublé d'un moqueur! »

Je te vois déjà faisant la grimace Devant ce portrait, qu'ils auront rêvé.

Veux-tu regarder un critique en face ?

Tourne l'œil vers moi, petit Legouvé.

Sans réaliser le beau pentélique, Ni ces profils purs que l'art grec frappa, Je n'ai rien d'atroce et de famélique, Et je suis plus gros que ton grand-papa.

Pas plus tard qu'hier, à l'heure où je passe, Pour régler ma montre, au Palais-Royal, Un honnête couple a dit, à voix basse : « Tiens! M. Bidaux, ladjoint d'Épinal ! »

C'est que, vois-tu bien, de quel nom qu'on nomme L'auditeur qui fuit les accents du luth. On peut, sans cesser d'être un honnête homme. Bâiller aux Français comme à l'Institut.

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Juillet 1861.1

v>E mercredi matin, jour de la mise en page Du Journal Illustré, je lorgne, soucieux, L'horizon dramatique où luit Adèle Page; Et je n'entends au loin ni bravos ni tapage, Et je ne vois briller nul acte dans les cieux.

Rien de la tragédie, et rien du vaudeville. Que fait donc Saint-Ybars? à quoi pense Avenel? Jenneval est à Blois; Pétersbourg prend Ravel; Arnal, la lyre en main, veut égaler Clairville. Moi, j'attends la marée, — et je songe à Vatel.

Il faut cependant bien parler de quelque chose. Lorsque ce ne serait que des comédiens, Encourager Maubant, applaudir Louis Monrosc, Et de Delphine Fix plaindre la bouche rose S'entr'ouvrant à ces vers antédiluviens.

Il faut cependant bien, pour remplir ma chronique, Explorer tes contins, criminel boulevard, Où vingt héros grivois, sur l'affiche cynique, [Coquenpot l Balembois l Panaris'. Roustoubique !) Comme des revolvers attendent mon regard.

Je déplore souvent le sort de mes confrères, (Moi, je ne me plains pas, moi, cela m'est égal!) Obligés, pour combler deux pages de journal, De causer gravement de toutes ces misères Et de rompre leur style à ce métier banal.

Sujet d'étonnement pour la race future ! Les noms les plus charmants de la littérature Auront été rentes, dans ces âges blasés, Pour nous entretenir d'actrices sans figure, D'ouvrages sans grammaire et de loustics rasés.

On s'appelle Gautier, le graveur de camées, L'artiste au front cerclé d'or comme un souverain, On rùve d'Orient, de palais et d'aimées, On verse le torrent des strophes enflammées Dans le moule idéal d'un immortel airain.

On s'appelle Janin, on a dompté la phrase,

On est le petit-fils de Denis Diderot,

On n'écrit pas, on chante, on rit, on pleure, on jase,

On se grise d'Horace, on s'habille de gaze.

On monte sur sa mule, au trot, au trot, au trot !

On a nom Saint- Victor, un vrai nom de fanfare, On sonne comme un cor, on brille comme un phare , On raffole de pourpre, on possède un cerveau

Meublé comme le quai Voltaire, — chose rare ! On sait tout, on a lu tout, vieux et nouveau.

Fortifié comme en une place conquise, Au bas d'un feuilleton doué de ruse exquise, Signature coquette, on lit : Fiorentino ; Ailleurs, reconnaissable à sa plume marquise, De Belloy, fin et pur, se souvient de TArno.

Eh bien ! de tous ces noms, eh bien ! de tous ces hommes

Voués, en dépit d'eux, à ces amusements.

On aurait aisément, pour de pareilles sommes,

De hautes œuvres d'art, poèmes ou romans,

Qui vaudraient leurs travaux sur les Délassements.

Mais non, on n'y tient pas; on préfère qu'ils disent Ce qu'ils pensent vraiment de Bâche et de Pradeau; On veut qu'à l'Ambigu demain ils nous conduisent, Ensuite à l'Odéon, et puis, qu'ils analysent Minutieusement Amour et Fricandeau.

O le calice amer! ô la coupe d'absinthe!

O le rhume de Kopp ! ô le nez d'Hyacinthe !

Que vous nous avez pris de chefs-d'œuvre, ô bouffons !

Que d'essors empêchés dans votre étroite enceinte.

Lorsqu'un rire niais déchire vos plafonds!

Voilà tout mon regret, voilà toute ma peine. Pour moi, je vous l'ai dit, par bonheur, rien de tel : Je suis un pauvre serf qui se plaît à sa chaîne, Et je vous apprendrai, la semaine prochaine, Le mélodrame en vogue et l'auteur actuel.

SONNE 7 s GASTRONOMIQUES LA JULIENNE

J ULIENNE ! un nom de femme !

Un doux nom composé, Un nom qui dans mon âme S'est impatronisc.

Julienne! un assemblage De légumes coquets, Un vif bariolage; Mosaïque, bouquets!

O ma Julienne aimée 1 Julienne, voulez-vous Me voir à vos genoux?

O Julienne embaumée!

Apparais, et Tamant Se relève gourmand !

LA PUREE RICHELIEU

LIlle naquit en haut lieu, Duchesse de gourmandise, Au siècle qu'immortalise Le beau nom de Richelieu.

Garniture, elle est exquise; Potage, il est plein de feu; Il jure par la sambleu; Elle éclipse la Soubise.

Qu'il s'annonce avec fracas !

Cependant ne craignez pas Qu'aucun convive ne bouge.

Au boudoir, comme au festin, Toujours vaincre est ton destin, O potage talon-rouge.

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