‹ Les poésies complètes de Charles MonseletChapitre 25 sur 179 · A THÉOPHILE GAUTIER · texte numérisé non relu

A THÉOPHILE GAUTIER

Et ma muse qui s'embourgeoise, Prompte à déserter les hauteurs, Visait surtout, leur cherchant noise, Ton cortège d'imitateurs ;

Disciples aux allures blêmes, Que l'on voit, courbés et furtifs, Dans tes romans, dans tes poèmes, Ramasser tes bouts d'adjectifs;

Adeptes d'un art inutile, Races d'employés au Trésor, Dans le Sacramento du style Recherchant des pépites d'or.

Ce qu'il fait derrière toi, maître, Ce troupeau si peu clairvoyant, Il ne s'en doute pas peut-être :

C'est du Deiille flamboyant!

J'allais trop loin; de leur folie Tu n'es pas responsable, toi, Noble vin, dont ils sont la lie, Musique dont ils sont l'aboi.

J'étais injuste; mais quand même J'aurais eu froidement raison, Quand à mon insolent blasphème J'eusse conquis l'opinion,

J'omettais dans mon injustice L'enfer auquel on t'a lié,

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Cet intolérable supplice,

De tous les bourreaux oublié,

Le feuilleton ! triste machine, Qui fait, du matin jusqu'au soir, Fonctionner comme une usine L'intelligence au désespoir !

Voilà bientôt dix-sept années (Tu l'as voulu, George Dandin!) Que les Muses infortunées Maudissent en chœur Girardin,

Lui qui, dans sa féroce joie, T'a cloué, Prométhée hardi, Et qui donne à manger ton foie] Au feuilleton chaque lundi !

Dix-sept ans! ô Gautier, pardonne !

A mon tour, je change de ton, Car ces rimes, je les griffonne Sur les marges d'un feuilleton...

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