BERTRAND, BOTTIER
Où les jets d'eau sèment des diamants,
Lorsque soudain une enseigne apparue
Vint me causer des éblouissements ;
Deux mots — pas plus — avaient frappé ma vue,
Mais ces deux mots tenaient un mythe entier,
Car ils disaient tout haut : « Bertrand, bottier, r.
Je crus tomber au milieu de la rue.
« Bertrand, bottier! » là, tout tranquillement,
Dans le pays des fleurs et des guitares,
Auprès des flots soulevés chaudement.
Dans cet azur, dans cet enchantement.
O raillerie et témérité rares!
(( Bertrand, bottier. » Pas autre chose, — un point.
Es-tu content, ô progrès ! n'as-tu point
A souhaiter encore d'autre palme ?
Fi du poème! honneur au magasin!
« Bertrand, bottier; » en efl'et, c'est la fin,
La fin naïve et la conquête calme.
Ne parlez plus de César, d'Attila;
L'envahisseur, le barbare, le maître,
L'homme du sort, regardez, le voilà :
C'est ce Français, Parisien peut-être.
« Bertrand, bottier, » sera suivi dans peu
De « Jean, crémier, » et de « Dubois, lampiste; »
Puis, les brasseurs s'en viendront à la piste.
Adieu, Cadix! rêve et rayons, adieu!
Rimeurs, rimeurs, craignez, dans vos vertiges, De rencontrer comme moi l'homme aux tiges !
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