‹ Les poésies complètes de Charles MonseletChapitre 28 sur 179 · BERTRAND, BOTTIER · texte numérisé non relu

BERTRAND, BOTTIER

Où les jets d'eau sèment des diamants,

Lorsque soudain une enseigne apparue

Vint me causer des éblouissements ;

Deux mots — pas plus — avaient frappé ma vue,

Mais ces deux mots tenaient un mythe entier,

Car ils disaient tout haut : « Bertrand, bottier, r.

Je crus tomber au milieu de la rue.

« Bertrand, bottier! » là, tout tranquillement,

Dans le pays des fleurs et des guitares,

Auprès des flots soulevés chaudement.

Dans cet azur, dans cet enchantement.

O raillerie et témérité rares!

(( Bertrand, bottier. » Pas autre chose, — un point.

Es-tu content, ô progrès ! n'as-tu point

A souhaiter encore d'autre palme ?

Fi du poème! honneur au magasin!

« Bertrand, bottier; » en efl'et, c'est la fin,

La fin naïve et la conquête calme.

Ne parlez plus de César, d'Attila;

L'envahisseur, le barbare, le maître,

L'homme du sort, regardez, le voilà :

C'est ce Français, Parisien peut-être.

« Bertrand, bottier, » sera suivi dans peu

De « Jean, crémier, » et de « Dubois, lampiste; »

Puis, les brasseurs s'en viendront à la piste.

Adieu, Cadix! rêve et rayons, adieu!

Rimeurs, rimeurs, craignez, dans vos vertiges, De rencontrer comme moi l'homme aux tiges !

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