‹ Les poésies complètes de Charles MonseletChapitre 27 sur 179 · BERTRAND, BOTTIER · texte numérisé non relu

BERTRAND, BOTTIER

V oiLA Cadix! — s'écrie un passager, Le doigt tendu sur les humides lieues.

Et, tout au loin, je vois se prolonger La ligne blanche entre deux lignes bleues Que précisa Byron d'un trait léger.

Je pourrais bien, sans être trop sévère, Sur ce bleu-là chicaner aujourd'hui :

On est en mai, le soleil n'a pas lui, Et l'Océan soulève un front colère.

J'ai débarqué. Que c'est propre et charmant!

Que c'est joli! la gracieuse ville !

Comme on y marche à couvert fraîchement,

Et que la vie y semble être facile î

(Je n'en voudrais ôter qu'une odeur d'huile

Qui vous saisit au nez étrangement.)

Mais quel brillant et coquet assemblage

De dômes blancs, de terrasses, de tours!

Quel dentellier rêva ce découpage

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Et sur le ciel en fixa les contours ! Chaque maison, comme une cage verte, Porte un balcon aux fers peinturlurés, Laissant tomber par la vitre entr'ouverte Un pan d'étoffe et des œillets pourprés.

Ces cages-là, dont le nombre est immense,

Ces cages-là renferment des oiseaux

Tels qu'il n'en est nulle part de plus beaux:

On vient de loin entendre leur romance.

C'est à la nuit que s'ouvrent leurs barreaux;

Or, ces oiseaux, ce sont les Andalouses.

Elles s'en vont, la dentelle aux cheveux.

Le pied sans ombre et l'amour dans les yeux,

A la clarté des étoiles jalouses.

Leur teint est pâle, avivé d'or ardent;

Puis elles ont ces fameuses cambrures

Que l'éventail scande avec ses murmures,

Et ce sourire agaçant et qu'un rien

— Loin de Cadix — ferait parisien.

Non, il n'est pas de ville plus accorte Et mieux serrée en ses riches atours.

Cette Cadix est neuve; mais qu'importe!

De ce neuf-là donnez-m'en tous les jours. Heureux celui qui, sous ses colonnettes, t'ait de sa vie un hymne aux cigarettes !

J'en étais là de mes ravissements, Posant le pied sur toutes les demeures, Ravi surtout des cours intérieures En marbre blanc, avec mille ornements,

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