DRAGON IVRE
U iN dimanche d'été, sur le quai Malaquais,
Derrière lui j'allais, et je le remarquais.
Vacillant, ce dragon se frayait des passages
A travers tout le monde, et gênait les gens sages.
Il suivait lourdement le long du parapet,
Et, de l'autre côté rebondissant, frappait
Les bancs verts du trottoir ou salissait aux ormes
Le cuir qui tapissait ses pantalons énormes.
Les litres avaient mis dans son regard l'azur
Qui fait que l'on réclame avec instance un mur.
Professeur de feston, artiste en astragale,
L'opinion d'autrui lui semblait fort égale.
Et ses gestes n'avaient rien qui leur commandât.
On devinait en lui, sous l'habit du soldat,
Un villageois sentant encore la luzerne.
Il murmurait ces mots : « Permission... caserne... »
Là-bas de l'horizon descendant les degrés Dans un entassement de nuages dorés,