A A. GAULIER
BATTERIE d' ARTILLERIE. SOUVE.VIR DE 183O.
Regardez, ù petits enfants, Passer nos machines de guerres , Nos canons, ces Léviathans • Qui vous enlèvent à vos mères.
Voyez, ils sont encor fumants...
Ces hydres marchent avec peine ; Lourdes de fer, lourdes de haine.
Leurs gosiers sont toujours béants.
Comme des dogues à la chaîne Qui grondent encor sourdement, Et qu'à reculons on entraîne , Et qui s'arrêtent par moment;
Regardez-les, la gueule basse Comme pour mordre les pavés, Chacun d'eux va choisir sa place Aux barricades, vous savez...
L'ordre est donné. La mort les pousse.
Prenez garde d'être écrases.
Le sol tremble sous leur secousse, Et les grés sont pulvérisés.
Chevaux, cavaliers, équipages, Ce long deuil rend un bruit de fer... Seul, dans ces sombres attelages, Le canon luit comme un éclair.
Silence! Leur course est rapide...
Ils sont en ligne... Ecoutez tous Au lointain ce bruit homicide...
Ceux de là-bas meurent pour vous!
H^reux enfants, dignes d'envie, Puissiez-vous avoir meilleur sort!
Quand nous organisons la mort, Un jour organisez la vie.