EN VOYANT LE DEPART D'UN RÉGIMENT
Voici les lignes des tambours,
Ils s'avancent... les alentours
De leurs bruits stridents retentissent.
Après eux les cuivres mugissent,
Et l'air vibre au loin , tour à tour,
De leurs chants de guerre ou d'amour.
Alors passe, aux sons des trompettes, Aux froissements des baïonnettes, Une belle fille en soldat , Vivandière de son état.
Ainsi qu'un homme elle est armée ; Jeune femme, elle suit l'armée; Elle affronte toutes les morts.
C'est la grâce parmi les forts, C'est une Vénus militaire N'aimant que les hommes de guerre, Et leur versant à boire au feu.
Pour elle la guerre est un jeu.
Lorsque la sombre artillerie Hurle & bombarde avec fracas, Et, sous les boulets en furie.
Au loin quand tout vole en éclats; Lorsque l'immense boucherie Couvre les champs ou la prairie Des corps mutilés des soldats; Pendant qu'on saccage les vignes, Les blés, les arbres, les maisons; Lorsque les régiments en lignes S'étendent jusqu'aux horizons...
Lorsque fusils, sabres & lances Peuplent de mores les ambulances; Quand se sauvent de tous côtés Les habitants. épouvantés; Regagnant un front de bandière, Pendant ces terribles débats.
Partout on voit la vivandière Son petit baril sous le bras; Et quand une balle s'adresse A quelques pauvres jeunes gens Ou quelque ancien qui l'intéresse, Femme alors aux soins diligents, Vers eux surtout elle s'empresse.
Comme une sœur [de charité , Elle, mieux que son] eau-de-vie.
Ramène, comme par magie, Plus d'un mourant à la santé.
Les femmes sont vraiment étranges.
Tiennent des démons & des anges, Grandissent avec le danger.
Elles sont toutes courageuses.
Et nous les supposons peureuses Pour l'orgueil de les protéger.
DE LA XOUVELLE-ORLEAXS
Des beaux temps éternels présages, Oiseaux qui traversez les airs, Les deux mondes , les grandes mers ; Qui passez sur tous les rivages ; Dites celui qui vaut le mieux De tant de pays sous les cieuxr
J'ai fait plus d'un lointain voyage; Mais hélas ! je n'ai rien appris ; Rien, qu'à regretter davantage Mes amis, la France, Paris.
Eh bien, oiseaux, je veux m'instruire ; Mais vous ne me répondrez pas...
Moi qui parle, je peux vous dire Où je voudrais porter mes pas.
Le plus beau pays de la terre.
C'est celui qui nous donne, enfant, Tous les soins d'une bonne mère ; Homme, notre amour triomphant!
C'est là, rapides hirondelles.
Où sont les arbres les plus beaux, Où sont les rives les plus belles, Où sont les plus riants coteaux!
S'il ne restait même plus trace D'arbre, de rive, de coteau.
L'homme encor dirait : C'est la place, C'est la place de mon hameau !
Allez, légères hirondelles, Volez de la mer Noire au Nil ; Je suis captif dans mon exil.
Si comme vous j'avais des ailes!
MAUSOLEE.
Aux cieux elle s'en est allée!
Je n'ai plus rien d'elle à présent.
Mon âme reste désolée.
C'était l'espérance étoilée
De ma vie. Oh! chagrin cuisant!
Aux cieux elle s'en est allée!
Sous les arbres de cette allée Je la vois encor m'embrassant.
Mon âme reste désolée.
Sa bouche était tout emperlée , Et son regard resplendissant.
Aux cieux elle s'en est allée !
L'année est à peine écoulée,
Mon bonheur est mort en naissant.
Mon âme reste désolée.
Vois mes pleurs, ma pauvre envolée, Et montre-les au Tout-Puissant.
Aux cieux elle s'en est allée !
Mon' âme reste désolée.