TRIOMPHE
On chante un Te Deum au bruit des grandes orgues î..^ Qui n'a vu par hasard, en entrant dans nos morgues, Un homme étendu là, mort d'un coup de couteau?^ C'est un spectacle affreux ; mais quand ce corps est beau. Chacun à son aspect se dit : Mourir si tôt ! On s'éloigne... en songeant à la douleur amére De celles qui l'aimaient, amante, ou sœurs, ou mère; Et, pendant bien longtemps, ce cadavre inconnu Surgit en notre esprit, pâle, immobile & nu.
Eh bien! je parle à vous, femmes, à vos entrailles. Voici cent mille morts en un jour de batailles. Dans cet informe amas d'habits, de chairs & d'os. Cherchez qui vous aimiez parmi tant de lambeaux. Les morgues sont partout, sur les mon es, dans les plaines, Les ruisseaux, les buissons, les puits & les ravins; Ils sont amoncelés & couchés par centaines. Et dans l'immensité se perdent les chemins... Mais, à la nuit tombée, allumez vos lanternes. Aux lugubres clartés de ces lumières ternes. Cherchez encor, parmi ces morts, les morts à vous, Vos frères, vos amis, vos soutiens, vos époux; Et si vous n'avez rien vu d'eux dans la nuit noire, Etouffez vos sanglots... C'est un jour de victoire!
Taisez-vous^ écoutez... On cire le canon. Rendez grâce au Seigneur, & ne dites pas : Non! Devant un ^ grand deuil séchez toutes vos larmes. Nous aimons les combats, nous aimons les hauts faits ; Tous ont bien soutenu la gloire de nos armes ; Chantons un Te Deum & soyons satisfaits !