‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 15 sur 133 · DOULEUR D'UN CHARRETIER · texte numérisé non relu

DOULEUR D'UN CHARRETIER

Dia! hue! — Oh! chacun de vous m'écoute, Compagnons qui marchez à ma voix , Sans jamais que mon fouet, sur la route, Vous tourmente une fois.

Dia! hue! — Oh! dans l'hiver, par la bise, Je trouvais bon souper, vous bon foin; Et de toi surtout, ma vieille Grise, Elle avait tant de soin!

Dia! hue! — Oh! ma pauvre fille est morte! A présent, qu'allons-nous devenir r Tous les soirs elle était sur la porte,'' Pour nous voir revenir...

Dia! hue! — Oh! sur la route, mes bêtes, De bien loin nous étions reconnus.

Mais sa main, qui caressait nos têtes, Ne nous touchera plus!

Dia! hue! — Oh! c'était toute sa mère! Même voix!... Je n'ai pas de bonheur... Mêmes yeux!... Ma fille est dans la terre. Et la mort dans mon cœur.

Dia! hue! — Oh! la maison esc déserte; Plus d'enfant! pour m'embrasser le soir... Plus de feu... plus de chants! Quelle perce! Je suis au désespoir...

Dia! hue! — Oh! comme la route est triste!.. Tous les cinq, arrêtons-nous auprès De Mathieu, le pépiniériste, Pour avoir deux cyprès.

Dia ! hue ! — Oh ! nous passons par la Briche Avançons, la Briche est encor loin.

Qu'aujourd'hui je voudrais être riche Pour pleurer dans un coin !

Dia! hue! — Oh! je vais boire à l'auberge. Pour tâcher d'oublier mon chagrin.

Mes chevaux, puissiez-vous , sur la berge, M'écraser en chemin!...

Dia! hue! — Oh!...

Page 1