IPSE
Ainsi que ce loup d'autrefois Dont un chien gras était compère, Pour vivre je suis aux abois ; Mais j'ai ma liberté si chère.
Las! plus d'un n'est pas appelé.
S'il me manque une bonne table, Comme le chien gras de la fable Mon col n'a pas d'endroit pelé.
De collier je n'ai nulle trace.
Vivant de l'art, triste repas!
Quand j'entends un heureux qui passe, J'applaudis au bruit de ses pas.
J'ai de l'orgueil, non de l'envie.
Artiste hélas! & non commis; Cigale, j'emprunte aux fourmis; Et je prolonge ainsi ma vie.
Car la fourmi n'est pas ainsi Que La Fontaine nous l'a peinte; Elle est très-obligeante aussi.
11 a, je crois, forcé la teinte.
C'est spirituel, voilà tout.
Jadis, comme au temps où nous sommes.
Pires n'ont pas été les hommes ; "^
Il est de bonnes gens partout.
De rien & de tout je m'étonne.
Plein de folie & de raison, La mouche qui vole ou bourdonne Souvent m'inspire une chanson.
L'un l'applaudit, l'autre s'en moque.
Car tout est grave à l'horizon...
N'étant pas au diapason , Je chante faux pour mon époque.
Qu'importe.^ d'autres jours luiront ; Une époque est bientôt passée!
Livres & chants se reliront , Si l'on y trouve une pensée.
Confiant & le nez au vent, Ne voyant que de ma fenêtre, Je chante en me disant : peut-être!
Et j'attends le soleil levant.
PHALENE.
Petit papillon de nuit , Quand la moindre clarté luit De lanterne ou de chandelles, Quelle est la fatale loi Qui te pousse, malgré toi, A brûler tes ailes?
Toujours dans l'obscurité, Tu recherches la clarté...
Est-ce donc un si grand crime, Que l'impitoyable sort D'un aussi louable effort Te fasse victime.^...