‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 18 sur 133 · A LA FORTUNE · texte numérisé non relu

A LA FORTUNE

Toi qui n'es pas ma cousine, En vain tu me fuis, coquine, Afin de me chagriner :

En vain ru me fais là moue , Je m'en moque! Sur ta roue Au loin va te promener!

La singulière voiture!

Digne de toi, je t'assure, »

Qui souvent manques de goût.

Sur l'onde, ton vrai symbole.

Loue au moins une gondole, Toi qui peux acheter tout.

Alors que, beaux de jeunesse.

Nous t'implorons tous sans cesse. Tu ne sais que refuser.

Tu te donnes, folle fille, A plus d'un porte-béquille, Sans force pour t'embrasser.

Mais, puisque tu te hasardes, Monte donc dans les mansardes ', O fortune! plus souvent.

L'hiver, quand la bise est forte, Tu calfeutrerais la porte Qui laisse passer le vent.

C'est dans un coin solitaire, En butte à toute misère, Que plus d'un penseur grandit.

Là, chaque chose est bien sombre...

Mais souvent l'œuvre dans l'ombre Pour l'avenir resplendit.

Comme un renard sous la treille, \'oyant la grappe vermeille.

Trouve les raisins trop verts.

Je te méprise, fortune!

Mais je te garde rancune ; A me négliger, tu perds!

Quoi! tu n'as donc nulle honte.^ Depuis le temps que je monte Au haut de chaque escalier...

Sans pitié pour ma paresse.

D'accepter quelque richesse Tu ne viens pas me prier?

Pour agir de cette sorte.

Si tu heurtes à ma porte,

Je ne te l'ouvrirai pas.

Va-t'en chez tous ceux que j'aime"

Et s'ils te traitent de même.

Au diable porte tes pas.

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