EN CE TEMPS-LA
Pauvre Jacques! Ton vieux moulin Crépitait au vent, sur la butte, Et quand je heurtais à ta hutte, Le soir, pour boire un pot de vin, Aussitôt tu m'ouvrais ta porte , Joyeux tu me serrais la main.
Pauvre Jacques! Ton vieux moulin A des jours heureux me reporte...
En ce temps-là j'allais m'asseoir Sous les vignes de tes tonnelles, D'où je m'amusais, chaque soir, A voir planer les hirondelles Tournoyant au soleil couchant.
C'était grand'fête en ma pensée.
Mon âme se sentait bercée Et tout était murmure ou chant.
Tout bruissait à mon oreille :
Le moulin, le vent sous la treille, Les cigales dans tous les coins.
De mon banc, je voyais les foins, Les blés, les bois & les prairies.
Toutes choses étaient fleuries...
La nuit, descendant le ravin.
Rentranc à l'auberge, en chemin J'avais, pour embellir ma route, L'espoir, le bruit du vieux moulin, Les arômes d'un grand jardin.
Et les étoiles de la voûte.
Depuis dix ans je ne t'ai vu; Tes cheveux étaient blancs de neige.
Bon meunier, qu'es-tu devenuj- Bon meunier, que Dieu te protège!