‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 23 sur 133 · LA GRAND'PINTE · texte numérisé non relu

LA GRAND'PINTE

A la Grand'Pinte^ quand le vent Fait grincer l'enseigne en fer-blanc ,

Alors qu'il gèle, Dans la cuisine on voit briller Toujours un tronc d'arbre au foyer

Flamme éternelle Où rôtissent, en chapelets, O sons, canards, dindons, poidets,

Au tourne broche! Et puis le soleil jaune d'or Sur les casseroles encor

Darde & s'accroche

Tout se fricasse, tout bruit; Et l'on chante là jour & nuit ;

C'est toujours fête!

Quand, sous ce toit hospitalier.

On demande à notre hôtelier

Si tout s'apprête, Il vous répond avec raison :

(( On n'a jamais, dans ma maison.

Fait une plainte!

On est servi comme il convient.

Et rien n'est meilleur, on sait bien,

Qu'à la Grand'Pinte ! »

Je salue & monte. Je vois

Un couvert comme pour des rois!

La nappe est mise.

J'attends mes amis... Au lointain.

Tout est gelé sur le chemin ,

La plaine est grise.

Pour mieux voir j'ouvre les rideaux.

Le givre étend sur les carreaux

Un tain de glace ; Il trace des monts, des forêts, Des lacs , des fleurs & des cyprès ;

Je les efface.

La vie est rude & l'hiver froid.

On devient courbe au Heu de droit,

Quand l'âge pèse.

A la Grand'Pinte on rit de tout ; La gaîté retentit partout ;

Là, je suis aise!

Un instant de joie & d'espoir Me fait voir en rose le noir

Que j'ai dans l'âme...

Du bruit, du vin & des chansons!

C'est en soufflant sur les tisons

Que sort la flamme!

Adieu tristesses & soucis, Quand, avec mes amis, assis

Joyeux ensemble , Nous ne buvons pas à moitié En trinquant à notre amitié

Qui nous rassemble.

Nous sommes quatre compagnons

Qui buvons bien , mais sommes bons ;

Dieu nous pardonne !

L'un more , il en restera trois , Pais deux, puis un, & puis, je crois,

Après... personne!

Page 1