LES PIERROTS
Sont-ils audacieux & vifs,
Ces moineaux francs, oiseaux de France,
Ces pierrots, voletants, actifs,
Gais & querelleurs à l'outrance !
Je les sais très-intelligents :
Ils peuvent parler!... C'est dommage...
De parfaits il est peu de gens,
Et de pierrots pas davantage.
Pourtant ils ont le plus d'esprit De tous les oiseaux de la terre.
J'en ai vu auxquels on apprit A s'habiller en militaire, Et des exercices sans nom :
A mettre le feu, d'une patte, A la lumière d'un canon, Sans broncher alors qu'il éclate!...
Par un sentiment juste ou faux, On juge chacun sur la mise.
Et les hommes & les oiseaux.
Le pierrot, sous sa veste grise.
Comme un gamin national.
En oiseau sans cérémonie,
Semble dire : ça m'est égal , L'habit ne fait pas le génie.
Il en prend son parti. Frétillant, sautillant,
Il se moque, on dirait; car, rempli de malice.
Clignant de tous côtés son petit oeil brillant.
Becquetant, voletant, regardant en coulisse,
Il descend d'arbre en arbre, ou d'un mur dans des cours
S'il advient qu'un rival haineux lui fait poursuite,
Il se laisse poursuivre. Après juelques détours
Il revient le narguer ; ou bien il prend la fuite
A'ers le bien-aimé toit où nichent ses amours.
On le perd un instant ; il reparaît ensuite.
Brave, fin, plein d'attachement.
Le pierrot n'est pas virtuose ; La voix lui manque seulement, Non le cœur, l'importante chose.
On dit qu'il est glouton enfin !
Glouton!... Comme toute personne Il aime manger s'il a faim.
Encor que de peine il se donne
Alors qu'il nourrit ses petits!
Suivez donc son travail de père.
C'est là qu'il est des appétits !
Tout bec s'ouvre en porte cochère.
Lui faut-il trouver des morceaux!
Lui faut-il faire ime cuisine De chenilles , de vermisseaux , Quand son nid piaule famine!
Tous ont leur fragment de quartier.
Malheur au pierrot qui s'égare !
Il serait battu sans quartier , Ou tué, ce qui n'est pas rare.
Ils se reconnaissent très-bien :
Mais leurs tribus sont violentes :
Ceux-là du Moni-Parnassien N'iraient pas au Jardin des Plantes.
Ceux-là sont du Palais-Royal!
Comme dans toutes les fortunes, Les uns naissent bien, d'autres mal.
Ou bien n'ont de chances aucunes , Etant mal logés, mal nourris.
D'autres ont des cités fleuries :
De Plutus les vrais favoris, Sont au jardin des Tuileries.
Leur plus vrai, c'est la liberté.
Tous ont la saine horreur des cages.
Les croyants en l'humanité Sont ceux-là qui ne sont pas sages.
On les corrompt avec du pain , Comme nous avec la richesse. Ce dont nous avons toujours faim.
L'oiseau, quand il a mangé, cesse.
Le pierrot est le protecteur , L'échenilleur de la culture ; Et non pas un dévastateur, Comme un gros monsieur me l'assure.
Sans lui, tout serait infesté
Des insectes de toute sorte.
Il faut donc qu'il soit respecté ,
Si l'on veut que le champ rapporte.
Seul, le pierrot n'auraic-il rien,
Quand chacun travaille pour vivre .-
Sur cent livres de votre bien
Que prend-il.^ Pas un quart de livre!
Secourons-les quand , éperdus ,
Ils cherchent par les temps de neige.
Il n'est pas de bienfaits perdus !
Le corps des pierrots nous protège...