‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 29 sur 133 · ALAIX, CHARRETIER DES GRAINS · texte numérisé non relu

ALAIX, CHARRETIER DES GRAINS

Je t'ai vu dans tes gros souliers, Portant deux mille, ayant sept pieds, Et des cheveux de plus d'un mètre ; J'ai vu, sous ton grand feutre rond, Un beau visage, un noble front.

Je veux te faire reconnaître.

Il est simplement charretier

De père en fils. C'est son métier.

Cet homme, doux comme une fille.

Est aussi naïf qu'un enfant :

Il est fort comme un éléphant :

Son coup de poing brise une grille.

Pierre Alain , charretier breton , A la blouse jusqu'au menton, Aux longues guêtres en cuir fauve.

Aux cheveux sans lois & sans freins.

Aux cheveux dépassant les reins.

Porte ombrage à tout homme chauve.

Il faut voir passer Pierre Alain!

Ce géant conducteur du grain \'a de la Beaucc en Normandie ,

Transportant des blcs par milliers.

Il suit encor, sous les pommiers, La grand'route de Picardie.

Toute peinte en un gris de plomh , Sa charrette a cent pieds de long , Chaque roue un premier étage ; Douze chevaux blonds comme blés A grand'guides sont attelés ; Les chaînes font joyeux tapage.

Sur les colliers de ses chevaux Sont des cuivres & des grelots ; Cela luit, sonne & fait merveille.

Chaînes & grelots argentins En tintant chantent aux lointains, Sur une route sans pareille.

Et lorsque l'on \oit ce Titan , D'une main , comme un cabestan , Tenir tant de guides ensemble , Jouer de son fouet long & lourd Alors qu'il salue un faubourg .

A quelque Pygmée on ressemble.

.\ussi, quand au soleil levant Ce gars s'avance, vent devant, Les cheveux flottant en arrière, Maintenant ses douze chevaux Comme autant de petits agneaux , Les filles sortent pour voir Pierre !

Mais Pierre passe, voilà tout.

Il se trouve gêné surtout; Chacune d'elles l'embarrasse.

Chacune a le corps si petit!

Qu'il s'en éloigne avec dépit.

Il en cherche une de sa race.

Il a trouvé la Ménehauc, Bretonne de six pieds de haut, Belle brune à la gorge ronde.

Comme Adam & Eve , un matin , Ils essaieront, j'en suis certain, De régénérer notre monde.

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