MELANCOLIE
Un jour vient où la foi chancelle, où l'esprit doute ;
Où l'artiste se dit : est-ce mal, est-ce bien?
Il se demande alors s'il a fait fausse route,
Et si l'art rayonnant est quelque chose ou rien.
Rien, il ne le croit pas; mais il courbe la tête; Epuisé de la lutte, il s'abandonne au sort... Il se résigne & dit : <( Tempête sur tempête. Ma barque va sombrer, à quoi sert mon effort.^
Chaque orage, en passant, emporte de ma voile; Pour la raccommoder je n'ai plus de morceaux ; Mon cœur n'a plus d'espoir, mon ciel n'a plus d'étoile. Comme une lampe pâle éclairant des tombeaux,
Mon âme triste attend que le jour veuille naître. Vous, qui croyez au jour d'un éclat tout nouveau. Quand donc cet œil de feu viendra-t-il m'apparaître, Et plonger ses cils d'or jusque dans mon caveau r
Au hasard ballotté de chimère en chimère, J'ai cherché vainement un sort plus fortune; Mon collier d'espérance, hélas! est égrené... Le fil seul m'est resté , les perles sont à terre.
Comme parmi des loups un imprudent mouron, Mordu, meurtri par eux, en fuyant leurs colères Aux ronces des sentiers laisse de sa toison, J'ai laissé des lambeaux de mon cœur aux misères.
CHANSON DAUTOMNE.
Ah ! quelle bonne odeur de lard ,
Dans cecte auberge
Où l'on n'héberge
Aucun richard ! Lorsque, fatigué de la route.
On veut s'asseoir, On entre là boire une goutte,
Matin ou soir.
L'enseigne est une grande br.inche
De houx, qui penche
Son rameau verc.
Et, dans cetie humble maisonnette
Toujours proprecce,
L'été, l'hiver.
Est une hôtesse hospitalière,
Jadis fermière...
Mais à présent Elle n'a plus que son courage.
Halte î au passage,
Chemin faisant.
Tout le monde l'aime. Elle donne Plus que personne ; ^
Pauvre pourtant...
Nul ne peut frapper à sa porte
Sans qu'il en sorte
Toujours content.
Belle brune aux allures franches.
Poings sur les hanches
Comme au marché ; Pour tous les amants qu'on lui donne,
Dieu lui pardonne.
Si c'est péché.
Entrons souper, la nuit est fraîche.
Rien ne m'empêche,
J"ai pour payer!
Un joyeux feu de sarments brille.
Flambe & pétille
Dans le foyer.
Le corps des vignerons s'assemble :
Ils vont ensemble
Pour boire un coup :
Pendant que, comme en un Vésuve,
Bout dans sa cuve
Le vin trop doux.
Aux éclats des voix & du rire,
La poêle à frire.
Au chant joyeux, Mêle son chant à ce qu'on chante ;
L'horloge lente
De nos aïeux Dans sa gaîne bat la mesure :
La bise jure,
L'automne est froid.
L'hiver vient... la teiiillc s'envole...
Je m'en console Dans cet endroit.
Bonsoir! J'ai grand'soif, belle hôtesse,
La soif me presse
Comme la faim.
Servez-moi donc une grillade,
Une salade
Et du bon pain ; Un cruchon plein, à ventre énorme,
Splendide forme
En ce seul cas ; Pour qu'ici ceux qui sont en fête
Me tiennent tête
A mon repas.
L'hôtesse alors servit huit verres.
Six gens sincères ,
En bourgerons, M'offrirent, sans cérémonies,
Six mains brunies
De vignerons.
A la santé de la fermière
Hospitalière ,
Bonne surtout!
Je lui fis cette chansonnette
Qu'elle répète
Depuis partout.
Ah! quelle borme odeur de lard.
Dans cette auberge Où l'on n'héberge
Aucun richard !...
Lorsque, fatigué de la route ^
On veut s'asseoir, On entre là boire une goutte,
Matin ou soir.