‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 30 sur 133 · MELANCOLIE · texte numérisé non relu

MELANCOLIE

Un jour vient où la foi chancelle, où l'esprit doute ;

Où l'artiste se dit : est-ce mal, est-ce bien?

Il se demande alors s'il a fait fausse route,

Et si l'art rayonnant est quelque chose ou rien.

Rien, il ne le croit pas; mais il courbe la tête; Epuisé de la lutte, il s'abandonne au sort... Il se résigne & dit : <( Tempête sur tempête. Ma barque va sombrer, à quoi sert mon effort.^

Chaque orage, en passant, emporte de ma voile; Pour la raccommoder je n'ai plus de morceaux ; Mon cœur n'a plus d'espoir, mon ciel n'a plus d'étoile. Comme une lampe pâle éclairant des tombeaux,

Mon âme triste attend que le jour veuille naître. Vous, qui croyez au jour d'un éclat tout nouveau. Quand donc cet œil de feu viendra-t-il m'apparaître, Et plonger ses cils d'or jusque dans mon caveau r

Au hasard ballotté de chimère en chimère, J'ai cherché vainement un sort plus fortune; Mon collier d'espérance, hélas! est égrené... Le fil seul m'est resté , les perles sont à terre.

Comme parmi des loups un imprudent mouron, Mordu, meurtri par eux, en fuyant leurs colères Aux ronces des sentiers laisse de sa toison, J'ai laissé des lambeaux de mon cœur aux misères.

CHANSON DAUTOMNE.

Ah ! quelle bonne odeur de lard ,

Dans cecte auberge

Où l'on n'héberge

Aucun richard ! Lorsque, fatigué de la route.

On veut s'asseoir, On entre là boire une goutte,

Matin ou soir.

L'enseigne est une grande br.inche

De houx, qui penche

Son rameau verc.

Et, dans cetie humble maisonnette

Toujours proprecce,

L'été, l'hiver.

Est une hôtesse hospitalière,

Jadis fermière...

Mais à présent Elle n'a plus que son courage.

Halte î au passage,

Chemin faisant.

Tout le monde l'aime. Elle donne Plus que personne ; ^

Pauvre pourtant...

Nul ne peut frapper à sa porte

Sans qu'il en sorte

Toujours content.

Belle brune aux allures franches.

Poings sur les hanches

Comme au marché ; Pour tous les amants qu'on lui donne,

Dieu lui pardonne.

Si c'est péché.

Entrons souper, la nuit est fraîche.

Rien ne m'empêche,

J"ai pour payer!

Un joyeux feu de sarments brille.

Flambe & pétille

Dans le foyer.

Le corps des vignerons s'assemble :

Ils vont ensemble

Pour boire un coup :

Pendant que, comme en un Vésuve,

Bout dans sa cuve

Le vin trop doux.

Aux éclats des voix & du rire,

La poêle à frire.

Au chant joyeux, Mêle son chant à ce qu'on chante ;

L'horloge lente

De nos aïeux Dans sa gaîne bat la mesure :

La bise jure,

L'automne est froid.

L'hiver vient... la teiiillc s'envole...

Je m'en console Dans cet endroit.

Bonsoir! J'ai grand'soif, belle hôtesse,

La soif me presse

Comme la faim.

Servez-moi donc une grillade,

Une salade

Et du bon pain ; Un cruchon plein, à ventre énorme,

Splendide forme

En ce seul cas ; Pour qu'ici ceux qui sont en fête

Me tiennent tête

A mon repas.

L'hôtesse alors servit huit verres.

Six gens sincères ,

En bourgerons, M'offrirent, sans cérémonies,

Six mains brunies

De vignerons.

A la santé de la fermière

Hospitalière ,

Bonne surtout!

Je lui fis cette chansonnette

Qu'elle répète

Depuis partout.

Ah! quelle borme odeur de lard.

Dans cette auberge Où l'on n'héberge

Aucun richard !...

Lorsque, fatigué de la route ^

On veut s'asseoir, On entre là boire une goutte,

Matin ou soir.

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