‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 36 sur 133 · TEMPS SOMBRE · texte numérisé non relu

TEMPS SOMBRE

Toujours d'immenses catacombes!

Les cimecières ont leurs tombes, Comme le cœur a ses caveaux.

Si l'on voyait, amoncelées, Les espérances envolées , Et tous nos projecs en faisceaux , Et ces amas de fleurs flétries, Souvenirs de chères amours , Et ces mille choses fleuries Pendant le printemps de nos jours ; Si, cadavres dans la poussière.

Tous ces débris, sombre litière.

Surgissaient sous quelque reflet, Oh ! quel ossuaire complet !

C'est le temps brumeux qui m'inspire .Ai'obsède, & me force de dire Tant de tristesses à la fois.

Mais cette funeste influence Se mêle à tout ce que je pense ; M'impose trop souvent ses lois.

Mieux vaut conserver l'espérance ; Lutter comme luttent les forts :

Résister à toute souffrance,

Ou du moins faire nos efforts.

Puisque nous sommes, sur la terre, Destinés à tant de misère.

Restons debout sur nos débris :

Demain le temps sera moins gris.

Comme dans les grandes batailles.

On s'habitue aux funérailles...

Tout croule ou tombe au:our de nous :

C'est notre ami, c'est notre amie.

Ou c'est notre mère endormie ; Notre cœur est meurtri de coups; Les maux , les pertes de fortune , Tout nous attaque tour à tour; Nous n'avons de retraite aucune , Notre ennemi, c'est chaque jour! ' Comme im marin dans la tempête Cargue ses voiles, & tient tête A l'ouragan noir qui se tord, Tenons-nous droits devant le sort.

Et quand la mort vient nous surprendre, Sans doute c'est pour notre bien :

A l'homme Dieu ne peut rien prendre , Ou, ce qu'il prend, il le rend bien.

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