‹ Les poésies d'Auguste de ChâtillonChapitre 35 sur 133 · LES LAURIERS SONT COUPES · texte numérisé non relu

LES LAURIERS SONT COUPES

Quand dans les bois j'allais, jeune, amoureux. Avec ma mie au profond des ombrages, Tout était joie & fraîcheur & ramages, Et nous n'avions qu'une âme pour nous deux.

La charmeresse S'est éloignée avec trop de vitesse ,

Et ma jeunesse S'en est allée ainsi que ma maîtresse.

En ces temps-là je n'avais que vingt ans! Avoir vingt ans, c'est le mieux & le pire : Souvent on pleure alors qu'on devrait rire. Tant l'homme est né pour subir des tourments!

S'il se désole, Un autre amour succède & le console ;

Mais chaque idole D'autres chagrins lui fait faire une école.

Et cependant , malgré tout avenir , Ces jours enfuis, souvent pleins de tristesse. Seront toujours nos beaux jours de jeimesse Aux doux reflets de notre souvenir.

Peine effacée. Ou de nos pjeurs une amour arrosée,

Par la pensée Revivenc comme à l'époque passée.

Lors nous voyons , sous leurs prismes constants , Des premiers ans défiler le cortège.

Heureux celui dont c'est le privilège De regretter chacun de ces instants.

Trop jeune d'âge, Ai-je souffert pour ce faible avantage!

-Aimer rend sage ; iAIais on en doute & parfois c'est dommage.

Hé! Belle au bois, qui m'avez laissé là, M 'entendez- vous?... Cherchez qui le remplace... Vous irez loin sans pouvoir trouver trace D'un amour vrai comme était celui-là.

Tout se délie ; C'est l'amour seul la sublime folie!

Douleur s'oublie :

J'ai bu la coupe & j'ai jeté la lie.

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